L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

01 Mar

Expo Solo Show: Mel RAMOS « Position »

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Exposition solo show

Du 4 Décembre au 30 Mars 2015

 

Regards Féminin/Masculin sur la femme 
Tout au long de sa vie, Mel Ramos a subi les attaques de féministes qui lui ont reproché de réduire la femme à un objet sexuel. Jeff Koons, quant à lui, connu pour ses positions libertaires, a déclaré qu’il voyait en Ramos un des représentants les plus importants de la mouvance du Pop Art de la première génération.  Ramos me révélait que ce n’est que depuis plus de vingt ans, qu’il se sent délivré des accusations de ceux qui ne lisent son œuvre qu’au premier degré. 

L’artiste a toujours réfuté le titre « Pin-Up » pour ses personnages féminins qui sont au cœur de son travail, d’autant que son modèle de prédilection fut son épouse, si omni- présente, tant dans son œuvre que dans sa vie. L’œuvre de Ramos pose donc la question du regard sur la femme, regard aussi bien masculin que féminin. Aurait-il changé?

Expo Solo Show: Mel RAMOS « Position »

Les identités de genre sont devenues fluctuantes au XXIe siècle. Les deux versants, actif et passif, au sens d’une binarité masculine et féminine sont remis en question autant dans la vie sexuelle que dans la vie sociale. Citons Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient... ». 

L’actualité du transgenre dévoile les identités sexuelles en tant que construction mise en œuvre à la fois par la société et par les individus.

"Maduro Maid", 2012 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

"Maduro Maid", 2012 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

Langage subversif 
  L’univers de Ramos réside dans la combinaison du corps féminin avec les objets de la consommation issus de la deuxième moitié  du XXème siècle. Le tableau puis la sculpture « Golden Chiquita », petite fille dorée en espagnol, est née d’une banane importée sous la marque Chiquita, sa version argent et or existe depuis 2013. Ainsi sa Venus rappelant celle de Botticelli, est devenue un objet de luxe. Dans le tableau« Maduro Maid », le cigare, objet phallique par excellence, est chevauché par une femme nue.

 

La marque Maduro renvoie à l’industrie du tabac produit en Amérique centrale. Maid est un jeu de mot entre « made » « fabriquer » et « femme de chambre », car les personnes au service de la société blanche sont souvent issues de la communauté hispano-américaine. 

Ramos, né à Sacramento, Californie, en 1935, parle espagnol avec sa famille.   Dans la sculpture « Hav-a-Havana », le titre renvoie à la marque tandis que la présence du nu crée une équivoque visuelle et phonétique, avec l’inscription l’ « upmann », l’homme en l’air. L’étiquette « Cohiba » du cigare fait allusion au coït.

"Martini Miss", 2012 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

"Martini Miss", 2012 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

Le bilinguisme de Ramos, si actuel dans l’Amérique d’aujourd’hui, lui permet d’entendre et de nous transmettre le langage subliminal des marques publicitaires. La boîte de conserve ainsi que le verre d’apéritif renvoient à l’image du corps féminin comme réceptacle passif, logique publicitaire que Ramos déjoue avec ses femmes triomphantes dans leur sexualité affirmée. 

 

Tant dans sa peinture que dans ses sculptures, les personnages ont la même taille que les objets de consommation. Cette adéquation d'échelle est propre à l’œuvre de Ramos. Il se sert du langage de la séduction et du fantasme véhiculé par les mass-médias tout en dévoilant les pièges du regard sur la femme objet. La publicité du désir opère un amalgame entre les produits de consommation, symboles de notre culture populaire, et l’imagerie érotique, par le jeu de la position phallique des personnages et des objets représentés. 

"Five Flavor Frieda", 2010 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

"Five Flavor Frieda", 2010 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

Ici l'image phallique ne désigne pas l'organe viril mais est à comprendre comme symbole.

 La position phallique caractérise également les « princesses » qui veulent dominer avec leurs jeux de séduction aussi bien la gente masculine que féminine.  L'envie et la jalousie sont les moteurs du marketing, surtout pour les produits de beauté, attisant le fantasme de ressembler à la femme accouplée au produit vendeur. Pour David Lachapelle, le langage du Pop Art se perpétue aujourd’hui dans une mise en scène de l’ego idéal, plus parfait, plus complet, plus puissant si symptomatique pour notre ère de Narcisse.

"Dessin", 2008 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

"Dessin", 2008 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

Stratégie de la Provocation
Si Mel Ramos a mis en garde contre ce jeu de miroir, celui-ci en est devenu aujourd’hui une stratégie vendeuse. L’artiste néo-pop Jeff Koons s'est rendu célèbre auprès du grand public pour ses sculptures à taille réelle le représentant en train de copuler avec sa femme Ilona Staller, la Cicciolina, épousée en 1991; fameuse actrice pornographique, chanteuse et politicienne en Italie. Tant Jeff Koons que la Cicciolina se servent réciproquement de leurs atouts érotiques comme d'une arme sur la scène socio-politique et artistique. Ainsi la vie privée, rendue publique, est si symptomatique de notre ère de l’exhibition numérique. Le succès de Lady Gaga, par exemple, icône des adolescents dont elle forge l’imaginaire, témoigne d’un subtil jeu de rôles s’appuyant sur son pouvoir de provocation équivoque en s’adressant à un public tant masculin que féminin.

"Heidi Heinz", 2009 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

"Heidi Heinz", 2009 de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano © Photo Eric Simon

Cette stratégie de  charme est bien connue : de Cléopâtre à La Pompadour, en passant par la belle Marie-Louise O‘Murphy, peinte par François Boucher puis réinterprété par Mel Ramos. Egalement sa sculpture « Barbiburger » est une transposition de la sculpture Corinthe de Jérôme au XXIe siècle.  

 

"Chiquita Banana" de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano

"Chiquita Banana" de Mel Ramos. Courtesy Galerie Patrice trigano

Femme Icones
Les trois tableaux « Galatea » #10,#11 et #12” rendent hommage au mythe favori de Ramos: le sculpteur Pygmalion tombe éperdument amoureux de sa création jusqu' à vouloir l’épouser. Ramos peint le moment de la transformation de la sculpture en une image vivante, une femme de notre époque, jouant avec le passage de la troisième à la deuxième dimension. Grand connaisseur de l’histoire de l’art, Ramos parcourt les musées du monde entier. Son dialogue avec les maîtres anciens s’inscrit dans le fantasme d’une beauté parfaite sans être dupe des incidents dramatiques de la vie. Ainsi Ramos élève t il la femme vers un idéal connu dès l’Antiquité, réinterprété par la Renaissance, puis par le Rococo jusqu’aux maîtres de la Modernité.

Toutefois Mel Ramos déjoue les représentations de la femme soumise et passive, exhibée à la satisfaction du regard masculin Ses modèles, conscientes de leur éclat, regardent ceux qui cherchent à les dévisager tout en les démasquant.


Aujourd’hui plusieurs artistes femmes dont Mickalene Thomas, Maria Thereza Alves, Deborah de Robertis reprennent à leur compte les poses des Venus alanguies des maîtres anciens démontrant qu’aujourd’hui la représentation de femmes nues dans des poses érotiques appartient autant au regard des femmes qu’à celui des hommes.
   
Jeanette Zwingenberger

Galerie Patrice TRIGANO

4 Bis, Rue des Beaux-Arts
75006 Paris

 

http://galeriepatricetrigano.com

 

Horaires d’ouverture: Du mardi au samedi de 10H à 13h et de 14h30 à 18h30.

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