L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

09 May

Expo Collective Photographie Contemporaine: NEW YORK

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo groupée Contemporaine, #Expo Photographie Contemporaine, #Expo Collective Contemporaine

"Triple Bridge, New York", 1956 de Bérénice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

"Triple Bridge, New York", 1956 de Bérénice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

Du 20 Mars au 22 Mai 2015

 

Nous avons le plaisir de présenter New York, une exposition collective avec des photographies de Berenice Abbott, Tom Arndt, Arlene Gottfried, Ernst Haas, Helen Levitt, Vivian Maier, Ray Metzker, Louis Stettner et Sabine Weiss.

L’exposition présente des œuvres qui, par de multiples points de vue, rendent compte des spéci- ficités de cette ville qui a toujours fasciné les photographes. Qu’ils y soient nés, s’y soient instal- lés ou l’aient juste fréquentée régulièrement, chacun des artistes ici réunis propose un regard singulier, chaleureux, vibrant ou décalé, s’attachant à l’architecture, aux gens, à cette frénésie qui emplit cette métropole hors du commun.

Courtesy Les douches La Galerie

Courtesy Les douches La Galerie

New York en partage «On peut distinguer trois New York. Celui de l’homme ou de la femme qui y est né(e), qui ne voit plus la ville et qui en a intégré l’immensité et l’effervescence comme des phénomènes naturels et inévitables. Il y a le New York des banlieusards, une ville dévorée cha- que jour par des hordes de travailleurs qu’elle recrache le soir.

Et puis il y a le New York de ceux qui sont venus d’ailleurs en quête de quelque chose ».

"Couplet, New York", 1968 de Ray Metzker - Courtesy Les douches La Galerie

"Couplet, New York", 1968 de Ray Metzker - Courtesy Les douches La Galerie

E.B White, Here is New York,1949 New York a sans doute été la ville la plus photogénique du XXe siècle ou la plus inspiratrice pour cet art nouveau.

Elle fut un lieu de naissance et d’épanouissement de la photographie d’abord strictement artistique prenant la ville moderne comme thème à l’égal de tout autre paysage célébré par la peinture.

Le pictorialisme d’Alfred Stieglitz naquit ici quand la tradition du tableau de chevalet n’était ni ancré dans l’académisme ni dans la nouveauté des impressionnistes puis fauves ou cubistes. Mais c’est dans un tout autre climat que naquit la photographie documentaire dont nous voyons ici l’évolution depuis les premiers moments avec Berenice Abbott ou ses formes contempo-raines avec Arlene Gottfried.

"New-York, 10 april", 1955 de Vivian Maier - Courtesy Les douches La Galerie

"New-York, 10 april", 1955 de Vivian Maier - Courtesy Les douches La Galerie

New York, ville d’immigration et de tension entre ses communautés ethniques (noirs, juifs, italiens, portoricains, hispaniques, blancs protestants, tamouls...) dispersées à travers les divers quartiers de ses cinq arrondissements (boroughs), a suscité des vocations chez ses jeunes garçons et filles, souvent plus heureux dans la rue qu’à l’école, et apprenant le métier de phot- graphe armés d’une modeste boîte Kodak fixant sur la pellicule l’image de leur coin de rue et celle des passants, de toutes origines nationales et aux physionomies si diverses.

Eux mêmes souvent enfants d’immigrés, nés ou ayant vécu dans un de ces boroughs: Helen Levitt, Louis Stettner, Arlene Gottfried à Brooklyn, Weegee né Arthur Fellig dans un des quartiers juifs, Vivian Maier, la plus européenne, dans le Bronx...

"New York", 1942 de Helen Levitt - Courtesy Les douches La Galerie

"New York", 1942 de Helen Levitt - Courtesy Les douches La Galerie

Dans le climat de la Dépression et de pauvreté que connut New York entre 1930 et 1940, cer- tains de ces jeunes amateurs devinrent photographes militants et membres de la Photo League, groupe qui organisa le monde de la photographie à New York avec ses expositions, sa presse, son école, et élabora de véritables projets documentaires sur la ville en crise, ses rues, ses quartiers après quartiers : Midtown Tunnel Queens, Pitt Street, Lower East Side,

"New-york", 1955 de Sabine Weiss - Courtesy Les douches La Galerie

"New-york", 1955 de Sabine Weiss - Courtesy Les douches La Galerie

" Woman on a train (six lights)", 1958 de Louis Stettner - Courtesy Les douches La Galerie

" Woman on a train (six lights)", 1958 de Louis Stettner - Courtesy Les douches La Galerie

Chelsea, Park Avenue et surtout Harlem devenu le ghetto noir. Ainsi furent tracés des itinéraires à travers la ville suivis par plusieurs générations de photographes, y compris ceux présentés ici.

 

Quatre d’entre eux ont appartenu plus ou moins longtemps à ce groupe avant de s’en éloigner pour poursuivre un projet plus personnel: Berenice Abbott, Helen Levitt, Weegee et Louis Stettner. Berenice Abbott y eut une place à part tant par son acquis artistique et culturel (elle connut Eugene Atget à Paris et enseigna la photographie) que par son projet d’un véritable inventaire architectural de New York en perpétuel changement.

"New York", 1980 de Helen Levitt - Courtesy Les douches La Galerie

"New York", 1980 de Helen Levitt - Courtesy Les douches La Galerie

Avec la prospérité retrouvée dès 1941, le métier de photographe reconnu,l’immense marché des magazines illustrés et l’ouverture des grands musées à cet art nouveau, les photographes new- yorkais et les étrangers venus à New York ont donné au portrait de la ville un ton personnel.

Ce projet, de nombreux photographes l’ont partagé, tant la ville s’imposait depuis le début du XXe siècle comme l’image de l’audace de son architecture et l’intensité de la vie publique de ses rues, peuplées des diverses communautés issues de l’incessante immigration.

"Pike and Henry streets, New York", 1936 de Berenice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

"Pike and Henry streets, New York", 1936 de Berenice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

"Flatiron Building, Broadway and Fifth Avenue, New York", 1938  de Berenice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

"Flatiron Building, Broadway and Fifth Avenue, New York", 1938 de Berenice Abbott - Courtesy Les douches La Galerie

C’est d’abord le New York architectural immuable et sans cesse changeant qui a inspiré aux photographes des images incontournables de quelques icônes.

Chacun, chacune aura son projet et son regard sur la rue: Helen Levitt, armée d’un Leica qui confère rapidité et mobilité, improvisait: «J’y allais et prenais une photo, je suivais ce que mes yeux remarquaient, j’essayais de capturer avec mon appareil ce que les autres verraient. »

Une large contribution des femmes!

 

Les ethnologues, comme les photographes, ont compris qu’une femme est mieux acceptée qu’un homme pour observer autrui dans son attitude naturelle. Moins de méfiance, moins de retenue

d’un côté, plus d’attention apparente et d’intérêt pour l’individu singulier de l’autre. Ainsi, semble- t-il, opérèrent Berenice Abbott, Helen Levitt, Vivian Maier, Sabine Weiss ou Arlene Gottfried. Qu’elles soient natives de New York ou étrangères.

"Angel and Woman on Boardwalk, Brighton Beach, New York", 1976. Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

"Angel and Woman on Boardwalk, Brighton Beach, New York", 1976. Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

Les enfants furent les sujets les plus accueillants, même dans les quartiers où régnait une tension entre communautés. La rue est leur domaine, jouant là où toute autre personne court vers son occupation et fuirait la photographe. Ils n’ont pas peur, ne se demandent pas pourquoi on veut les prendre en photo, n’y voient aucune forme d’intrusion ou indiscrétion et espèrent une récompense.

 

Leur famille serait moins bien disposée surtout si l’on tentait de pénétrer chez eux. Ici, aucune photo d’intérieur permettant à Sabine Weiss de demander aux sujets de recommencer la pause, comme elle aimait à le faire, peut-être comme Robert Doisneau. Elle qui photographia tout autant les enfants de Paris avoue sa malice: « J’ai évidemment un contact amusant avec les enfants, j’aime... les mettre au défi de faire quelque chose et rigoler avec eux... on ne peut pas faire ça avec les adultes».

"Jumping Rope, Brooklyn" d' Isabel Croft - Courtesy Les douches La Galerie

"Jumping Rope, Brooklyn" d' Isabel Croft - Courtesy Les douches La Galerie

Helen Levitt a pénétré l’univers des enfants comme un monde de jeu et de rire (son goût pour les dessins à la craie). C’était un monde à part, surtout dans les années où la rue était à tous :«Les quartiers ont changé. Il n’y a plus d’enfants partout. Dans les années 1930, on voyait plein d’enfants jouer dans la rue.

Il se passait plein de choses dans les rues, pas seulement les enfants. L’été, les gens vivaient dans la rue. Ils n’avaient pas la climatisation. Tout le monde s’installait dehors, sur le perron ou sur des chaises.»

"Woman Waering Sneakers, Corney Islande", 1976 Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

"Woman Waering Sneakers, Corney Islande", 1976 Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

"Riis nude Bay, Queens, New York", 1980 d'Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

"Riis nude Bay, Queens, New York", 1980 d'Arlène Gottfried - Courtesy Les douches La Galerie

Pour conclure, reprenons les propos de John Szarkowski, le célèbre conservateur qui a régné pendant près de trente ans sur le département photo du Museum of Modern Art (MoMA). Dans la préface de son exposition «New Documents», il écrivait en 1967: «La plupart des photogra- phes de la génération précédente qui pratiquaient la photographie documentaire (Lewis Hine, Berenice Abbott, Walker Evans, ndlr), appellation nouvelle à

l’époque, mettaient la photo au service d’une revendication sociale. Leur but était de montrer ce qui n’allait pas dans le monde afin de persuader leurs contemporains de faire bouger les choses. Ces dix dernières années, une nouvelle génération de photographes a donné à cette approche du documentaire untour plus personnel.

Leur volonté n’est plus de changer la vie, mais de la connaître. Leur travail trahit un penchant affectueux pour les failles de notre société. Ils aiment le monde tel qu’il est, malgré sa violence, car c’est une source d’émerveillement et de fascination dont les incohérences ne les empêchent pas d’en apprécier la valeur...»

 

Henri Peretz

Professeur de sociologie à l’Université Paris VIII

Historien de la photographie

Les Douches La Galerie,

5, rue Legouvé

75010 Paris, France

 

http://www.lesdoucheslagalerie.com

 

Horaires d'ouverture:  Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures

Lundi et mardi sur rendez-vous

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