L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

18 Jan

Expo Collective Contemporaine: «ORIGIN»

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo groupée Contemporaine, #Expo Peinture Contemporaine

Vue de l'exposition de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

Vue de l'exposition de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Du 9 janvier au 27 février 2016

 

Artistes présentés: CHOI Myoung-Young, LEE Seung-Jio et SUH Seung-Won

Curated by PARK Seo-Bo

 

Au fil de la texture de l’esprit L’exposition ORIGIN organisée par la Galerie Perrotin, Paris retrace le parcours  du groupe Origin créé en 1962 par un groupe d’artistes coréens, issus du département de peinture de la prestigieuse université Hongik.

 

Origin s’est développé pendant plus de  50 ans, fait rare pour un groupe artistique, renouvelant et repoussant les limites de l’art  abstrait. Les membres fondateurs d’ Origin, CHOI Myoung-Young, SUH Seung-Won et  LEE Seung-Jio, sont des personnalités importantes qui ont exprimé leur originalité à travers l’exploration de l’art abstrait.

 

"Nucleus 13-18", 1973 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Nucleus 13-18", 1973 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Nucleus 78-28", 1978 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Nucleus 78-28", 1978 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Nés au début des années 40, ces 3 artistes ont connu la colonisation japonaise, la guerre  de Corée et la révolution du 19 avril 1960. Ces événements de l’histoire récente ont blessé  profon- dément le peuple coréen en lui infligeant des souffrances indescriptibles. Ainsi il convient de repla- er les œuvres de ces artistes dans leur contexte historique. Au début des années 60 lorsque Origin fait son appa- rition, le monde de l’art coréen se divisait en trois formes principales: l’académisme, provenant du Japon, qui était centré sur l’imitation et la reproduction, l’ « abstraction chaude» qui sublimait les souffrances existentielles de la guerre de Corée à travers la peinture, et enfin la «peinture raisonnée» qui reflétait un nouvel environnement social au lendemain de la révolution du 19 avril 1960 pour la démocratie.

 

Ces trois courants sont intimement liés aux événements historiques qu’a subis  la Corée, d’ailleurs les deux derniers furent créés par des artistes issus d’universités des Beaux-Arts inaugurées après l’instauration de la République de Corée en 1948. Ainsi ces deux formes d’art symbolisent le point de départ de l’art contemporain coréen et revêtent une grande importance du point de vue de l’histoire de l’art coréen.

"Nucleus 85-1", 1985 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Nucleus 85-1", 1985 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Nucleus 88-20", 1988 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Nucleus 88-20", 1988 de Lee Seung-Jio - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Une décennie environ sépare ces deux courants et leurs concepts sont assez distincts. Il est intéressant de souligner que si le premier courant extériorisait la souffrance et l’horreur de la guerre, le second tente, au sein d’un environnement instable, de reconsidérer « les origines de la peinture» à travers une vision constructive du monde.

"Simultaneity 77-360", 1977 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Simultaneity 77-360", 1977 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Série "Simultaneity", 1977 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

Série "Simultaneity", 1977 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

“Pendant un certain temps, les membres d’Origin s’opposèrent violemment aux sentiments exces- sifs présents dans l’«abstraction chaude» qui avait envahi l’art coréen d’avant-garde. Leurs œuvres que l’on pourrait qualifier d’aristocratiques utilisaient la toile comme médium et prônaient la planéité de la peinture.” (LEE Yil«Vibrant Young Art», 1967) Si on se demande si un art« à la fois réfléchi et sensuel» a réellement existé, nous pouvons en trouver l’exemple dans les œuvres des artistes d’Origin, en particulier, CHOI Myoung-Young, SUH Seung-Won et LEE Seung-Jio qui représentent et reflètent les changements de l’époque.

 

C’est vers 1967 au moment de l’exposition “Korea Young Artists Combined” que leurs œuvres s’af- firment encore un peu plus. CHOI s’essaie à une œuvre abstraite traitant du problème originel de la peinture, SUH expérimente une composi- tion de l’espace stricte à travers la figure du triangle et des baguettes de couleurs tandis que LEE construit une œuvre abstraite géométrique par la ré- pétition de structures cylindriques. Le critique OH Kwang-Su avait décelé dans ce courant la «nouvelle per- ception de la peinture objective “L’abstraction géométrique révélée par Origin peut être considérée comme le contraire de l’«abstraction chaude», car elle possède une composante intel- lectuelle enracinée dans un raisonnement logique, c’est-à-dire l’«abstraction froide».

L’«abstraction froide», se concentre sur la reconnaissance de la toile, affirmant ainsi une certaine objectivité et une distance. («Chilled Fever, Chaos and Meditation», OH Kwang-Su, 1979).

"Simultaneity 76-11", 1976 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Simultaneity 76-11", 1976 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Simultaneity 89-95", 1989 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Simultaneity 89-95", 1989 de Suh Seung-Won - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

L’émergence consécutive de différents groupes artistiques au début et au milieu des années 70 favorise la diffusion de nouvelles expérimentations en peinture et en sculpture ou encore la performance.

C’est le mouvement Dansaekhwa (peinture monochrome) qui se démarque dans les années 70. Officialisé en 1975 à travers l’exposition«Five Korean Artists, Five Kinds of White” à la Tokyo Gallery, le Dansaekhwa a continué sa percée en 1977 lors de l’exposition “Korea: Facet of Contem- porary Art” au Tokyo Central Museum of Art, et en 1983 avec “The Latter Half of the 70’s: An Aspect” exposition qui a voyagé dans cinq musées au Japon.

Figurant dans des manifestations artistiques de grande ampleur organisées par le Seoul contem- porary Art Festival ou l’École de Séoul, le Dansaekhwa est ainsi devenu le courant principal de l’art coréen.

 

CHOI, SUH et LEE ont rejoint ce courant dont ils partageaient les principes. Le Dansaekhwa a su fédérer ces artistes avec la génération précédente, leurs œuvres ayant été créées à la même période.  

Le Dansaekhwa, mouvement principal des années 70-80, privilégie la pureté et le côté intact des éléments jusqu’à leur maturation, propre à la culture coréenne. Ainsi, ils limitent leur palette de couleurs tout en insistant sur l’ascèse à travers la répétition de gestes, appliquer, vapo- riser, marquer la peinture. L’abstraction n’était pas le but ultime mais plutôt un moyen d’atteindre le moi intérieur, un espace spirituel, la nature et l’univers.

"Sign of Equality 75-34", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 75-34", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 76-42", 1976 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 76-42", 1976 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

On trouve aussi cette spécificité esthétique dans les travaux respectifs de CHOI, SUH et LEE. “Sign of equality” de CHOI Myoung-Young révèle le caractère extensible de l’espace qui ne possède plus de limite et peut se dilater à l’infini. Cette dimension peut être perçue comme l’agrandissement de la surface de contact entre le corps et le sujet plutôt qu’un simple accent mis sur l’impor- tance de l’espace. Si l’on considère que la toile est un petit univers, l’artiste doit sans cesse être en contact avec elle.

 

L’artiste a utilisé son propre corps comme instrument, plutôt qu’un pinceau, et plus particulière- ment ses doigts qu’il tamponne sur la toile. En fait, il ne s’agit pas seulement d’utiliser son corps comme medium, comme c’est souvent le cas, mais de rentrer en contact avec la toile. Chaque empreinte est unique, par l’expression, la place et la façon dont la peinture a coulé.

La force, l’intensité, et la vitesse des doigts laissent une marque différente. Ainsi pour CHOI, la toile est un lieu de réflexion et d’expérimentation, d’harmonie avec l’univers. A la fin des années 1970, l’artiste formalise encore un plus ses recherches par des “gestes accumulés” dans la série “Conditional Planes”.

"Sign of Equality 75-05", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 75-05", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 75-52", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 75-52", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

La géométrie est au chœur de l’œuvre de SUH Seung-Won depuis plus de 50 ans. C’est en quelque sorte un artiste “au souffle long”. En témoigne le titre de ses œuvres qui ne change pas : “Simultaneity.”

 

Sur une partie de la toile, alternent une superposition de losanges de couleurs différentes et de lignes solides ou encore une concentration de structures en forme de boîtes. La surface du fond reste monochrome, comme pour décrire l’état de sérénité de l’artiste. Les peintures abstraites, qui mettent en avant la géométrie et la couleur, non seulement sculptent l’espace mais conservent une approchent lyrique de la couleur et du motif, créant une harmonie entre elles.

Malgré une composition claire, ses œuvres dialoguent intimement avec ce monde géométrique que l’artiste a créée virtuellement (le sujet). Dans son œuvre, même le fond ne reste pas un simple arrière-plan. SUH prépare minutieusement la sous-couche de la toile en l’appliquant une dizaine de fois au pinceau, comme s’il réalisait le sol d’un bâtiment en construction. La sous-couche est utilisée généralement pour mieux fixer la couleur mais chez SUH une autre raison préside à ce geste.

 

La répétition de l’acte de peindre en lissant la surface met en lumière sa quête de la vérité profon- de du moi. Nous avons malheureusement tendance à ne regarder que la surface de l’œuvre mais une grande attention est portée au processus de création chez SUH, véritable fondement de cette recherche constante. «Nucleus” (Titre commun à chacune des œuvres) de LEE Seung-jio est composé de rayures en noir et blanc, ou plutôt de longs rectangles qui évoquent des objets froids et métalliques.

LEE peint ce motif jusqu’au début des années 70 qui consiste en la répétition du passage du pinceau en bandes horizontales, verticales ou diagonales plus sombre sur les bords et plus clair au centre créant l’illusion de cylindres en relief.

"Sign of Equality 75-05", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Sign of Equality 75-05", 1975 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Cependant à partir de 1975, il s’éloigne progressivement de la forme cylindrique qui devient de plus en plus floue par un jeu d’ombres et de lumières bleues et noires. Bien qu’il ne  change pas réellement de technique, il atténue la différence de luminosité entre le centre et  les bords des cylindres, effaçant leurs séparations.

 

Ce changement exprime probablement la prise de conscience de la planéité initiée par le Dansa- ekhwa qui prédomine à cette époque. C’est durant cette période que LEE réalise ses œuvres les plus contemplatives et paisibles.

Les tonalités foncées divisent, séparent, fusionnent, matérialisant le Yin et le Yang en des varia- tions répétitives et enfin se propagent sur toute la surface de la toile pour vibrer secrètementsur un rythme immanent répété à l’infini (LEE Yil).

En Corée, la peinture abstraite fut dominante dans les années 70, bien que cette période fut parti- culièrement difficile à tel point qu’on l’a qualifiée de ‘Bo-rit-go-gae’ (printemps de disette), fut sur le plan artistique une période exceptionelle et marquante, comme en témoigne le Dansaekhwa.

"Conditional Planes 8304 et 8220", 1982 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Conditional Planes 8304 et 8220", 1982 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

"Conditional Planes 8210", 1982 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris  © Photo Éric Simon

"Conditional Planes 8210", 1982 de Choi Myoung-Young - Courtesy Galerie Perrotin Paris © Photo Éric Simon

Certains artistes du Dansaekhwa tels que PARK Seo-Bo, CHUNG Chang-Sup, HA Chong- Hyun, YUN Hyong-Geun et CHUNG Sang-Hwa qui célebrent les propriétés physiques sont identifiés au monde de la nature, alors que CHOI Myoung-Young, SUH Seung-Won et LEE Seung-Jio tendent à surpas- ser la matérialité grâce à un vocabulaire formel très articulé en relation constante avec le matériau.

Leurs oeuvres sont empreintes d’un grand dépouillement, qui résulte d’une méditation sur soi et d’ une introspection, ils expriment en noir et blanc, la lumiere et l’ombre de la vie.

Cette exposition montre comment des artistes coréens, puisant dans la tradition, ont été confron- tés et ont surmonté les problématiques de l’époque contemporaine.

Les artistes coréens des années 70 ont sublimé l’art contemporain en « une topographie propre à leur langage maternel» tout en aspirant aux standards universels et en s’attachant à la moderni- sation de la tradition.

 

Au premier plan de ce mouvement figuraient les artistes CHOI Myoung-Young, SUH Seung- Won et LEE Seung-Jio. L’émergence de l’art contemporain issue de la tradition était cruciale pour les artistes coréens ayant vécu cette période difficile & sombre de l’histoire moderne.

Il est fabuleux de découvrir cet état de méditation qui se distingue d’un esprit confus. L’exposition Origin qui se tient à la Galerie Perrotin sera l’occasion de faire connaitre et mieux comprendre ces acteurs de l’art contemporain coréen.

Texte de SEO Seong-Rok (critique d’art)

Galerie Perrotin

76 rue de Turenne

Fr- 75003 Paris

 

http://www.perrotin.com/

 

Horaire d’ouverture : du mardi au samedi de 11h00 à 19H00.

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