L'ACTUALITÉ D'ART CONTEMPORAIN DE PARIS ET D’ÎLE-DE-FRANCE

21 Nov

Expo Sculpture Contemporaine: Vincent MAUGER "Les Injonctions Paradoxales"

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Sculpture Contemporaine

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Du 13 octobre au 2 décembre 2016

 

Les espaces de l’imaginaire


​Le travail de Vincent Mauger pourrait être appréhendé à partir d’une typologie de formes ouvertes à de nombreuses variations. La première d’entre elles concerne les œuvres graphi- ques réalisées à partir de logiciels informatiques, en couleur ou en noir et blanc, représentant des territoires au relief accidenté ou fortement vallonné, relevés topographiques imaginaires qui semblent correspondre à la première phase d’une potentielle mise en volume.

Il a également recours à des supports normés, comme le papier millimétré par exemple, dont il cherche à faire surgir l’expression sensible du fortuit.

Mais sa pratique est davantage associée à ses intrigants et fascinants volumes, qu’ils pren- nent la forme de sculptures autonomes ou d’installations in situ. Il s’appuie sur les propriétés des matériaux qu’il utilise pour en révéler une certaine versatilité, faisant passer des cassiers à bouteille en polystyrène pour des blocs de béton qui auraient été l’objet d’un intense travail de modelage ou d’une érosion accélérée.

 

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Détail "Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Détail "Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Les idées de formes naissent ainsi du matériau lui-même, de la manière dont il peut être travaillé et de ce qu’il peut amener d’inattendu. L’accumulation ou l’enchevêtrement d’un même élément, brisé ou découpé, crée un rythme où alternent plein et vide, où l’alvéole et le saillant dominent jusqu’à produire un résultat complexe où le regard parfois trébuche.

Ses sculptures donnent à voir des fragments de paysage, évoquent météorites ou morceaux de roches solitaires, en lambeaux ou à la dérive, écrasés au sol après une longue chute, ou encore des explosions de matières, des vestiges d’un autre espace-temps et mais ce n’est qu’une hypothèse de probables fables écologiques.

Qu’elles soient présentées dans un lieu d’exposition ou dans l’espace public, comme lors des deux dernières éditions de la FIAC dans le jardin des plantes et dans celui des Tuileries à Paris, leurs silhouettes fantastiques entrent en résonance avec leur environnement, instaurant une situation en suspens de l’ordre de l’intrigue.

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Ce qui marque donc à première vue, et qui le rapproche de certains artistes de sa génération, c’est cet investissement empirique du corps dans la production d’une forme, ce que l’on associe bien souvent au « faire » et au « geste ». Mais nulles revendications ici d’un objet bien réalisé ou d’un savoir-faire perpétué, plutôt un désir d’action, une volonté de travailler de l’intérieur un matériau banal dénué de toute magie, qu’il soit utilisé dans le bâtiment ou acce- ssible au Bricoman du coin, et d’en faire surgir, en exacerbant ses caractéristiques propres, un imaginaire qui en déplacerait totalement l’appréhension.

Cette expérimentation passe autant par la manipulation empirique des matières que par un travail de modélisation informatique qui peut donner à ses pièces des airs de prototypes, de maquettes à plus ou moins grande échelle et ancre résolument son travail dans une logique de projet. De l’aspect très construit des oeuvres surgit ainsi le paradoxe d’un mouvement, de telle manière que l’on serait tenté d’appliquer à la démarche de Mauger l’analyse de Bernhild Boie sur l’écriture de Julien Gracq qui ne serait que « pur mouvement, prise de possession de l’espace et projection vers l’avenir ».

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

"Sans titre", 2016 de Vincent MAUGER - Courtesy Galerie Bertrand Grimont © Photo Éric Simon

Si le rapprochement semble incongru, Mauger et Gracq – au-delà bien sûr de toute tentative de rapprochement de type régionaliste – envisagent tous deux le paysage comme le terrain d’une fiction en attente, qui ne demande qu’à prendre corps, qu’à être habitée. Dans cette logique, la topographie et l’imagerie scientifique ou informatique constituent pour l’artiste des références visuelles autant que des manières de spatialiser les choses ou les pensées qui tiennent une place déterminante dans sa pratique.

Bernhild Boie, « Chronologie », in Julien Gracq, Œuvres I, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. LXIII.

Raphaël Brunel

Galerie Bertrand Grimont

44 rue de Montmorency

Fr- 75003, Paris

 

http://www.bertrandgrimont.com

 

Horaires d'ouverture: du mardi au samedi de 14h à 19h

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