L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

08 Jul

Expo Solo Shown: Alex ISRAEL "Summer 2"

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Exposition solo show

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

Du 10 juin au 29 juillet  2017

 

Un jour au début de cette année, Alex Israel m'a confié que son animal spirituel (« Spirit Animal ») était un pélican. Il en était venu à cette conclusion lors du tournage de son prochain film "SPF-18", il y avait toujours un pélican pour se faufiler à l'arrière-plan des scènes qu'il était en train de tourner.

Il a précisé que les pélicans étaient les animaux les plus proches des ptérodactyles, et qu'il y en avait partout, sur la côte californienne. Il avait commencé, m'expliquait-il, à travailler à une sculpture de pélican, avec Michael Curry, qui avait créé les marionnettes animalières pour la comédie musicale Le Roi Lion à Broadway.

"Pelican", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"Pelican", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

Alex souhaitait que cette sculpture soit suspendue dans les airs, et que son vol soit animé manuellement par les spectateurs. Il m'a envoyé une vidéo tournée dans un imposant hangar, depuis lequel Michael Curry commentait un prototype qui volait au-dessus de sa tête. L'objet ressemblait un peu aux jouets suspendus pour enfants, des jouets traditionnels en bois représentant un oiseau et dont les ailes se mettent à battre lorsqu'on tire sur une corde.

Bien que l'objet, a fortiori à ce stade préliminaire, semble assez rudimentaire, on découvrait rapidement la sophistication du dispositif mécanique animant les ailes du pélican, et Michael Curry envisageait toutes les contraintes, les options de fabrication et leur incidence sur le fonctionnement final (place de la corde qui déclenche le battement d'ailes, nombre de points d'accroche au plafond, capacité des filins  a 160 pound tension line durée du mouvement, etc).

Cette sculpture désormais amenée au terme de son processus de fabrication est installée, seule, dans la première salle de l'exposition à la galerie Almine Rech. Du casse-tête de sa conception rien ne transparait et sa simplicité s'offre à nous, de la même manière que toutes les oeuvres d'Alex Israel qui, bien qu'obéissant à un protocole complexe d'élaboration, semblent toujours extraordinairement simples.

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

Des Flats aux Lenses, des Sky Backdrops aux Self-Portraits, toutes se présentent avec une très grande simplicité, une sorte d'immédiateté même, qui en font des objets bienveillants, amicaux, compassionnels, presque. A la différence de tant d'oeuvres contemporaines, celles d'Alex Israel ne font appel ni à notre tolérance, ni à notre cynisme, pas plus qu'à notre crédulité.

Ce sont des objets simples, bienveillants, non-conflictuels. Elles sont des oeuvres d'art idéales pour la Wuss Generation (« génération chochotte ») ainsi que l'a nommée Bret Easton Ellis, ces millenials fuyant le conflit, réprimant la critique.

L'époque dans laquelle s'épanouit l'oeuvre d'Alex Israel a ceci de remarquable qu'elle voit pour la première fois dans l'histoire des avant gardes artistiques une génération d'artistes ne pas s'opposer à la précédente, ni même aux précédentes. C'est une génération qui like et ne dislike jamais – un jugement tellement absurde qu'Instagram ou Facebook n'offrent même pas cette fonctionnalité.

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

Lorsqu'on tire sur la cordelette, l'oiseau entame en effet son mouvement gracieux et hypnotique pendant presque une minute, ses paupières clignent en même temps que battent ses ailes.

L'histoire de la sculpture animée depuis Jean Tinguely ou Takis a connu récemment un développement dû, précisément, aux possibilités offertes par les nouvelles technologies et la réalité crue de ces animatronics s'oppose évidemment à la bienveillance de notre pélican qui, d'une certaine manière, leur offre une sorte de commentaire. Son apparence résolument low tech, finalement, nous fait songer à celle des Oiseaux Noirs de Georges Braque ou aux oiseaux de Matisse de simples formes découpées.

Lorsqu’elles savent se distinguer, les oeuvres d’art (et les expositions) font surgir dans nos esprits computerisés tout un tas d’images, de situations, des pop-ups en somme, et leur richesse invite l’esprit à bien mieux que la compréhension.

"The Surfers", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"The Surfers", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

Alex Israel a intitulé la monographie qui lui est consacrée et vient d'être publiée « b.1982, Los Angeles » (né en 1982 à Los Angeles). Dans cet intitulé chaque terme est un élément de définition de son oeuvre : sa génération et la ville de Los Angeles assurément deux données déterminantes pour aborder cette oeuvre qu'il a aussi conçue comme un portrait permanent.

 

Son portrait (le contour de son visage) a donné lieu à nombre d'oeuvres : les plus anciennes reprenaient les gammes colorées de peintures célèbres, les plus récentes s’appuient sur des photographies.

Sur un récent Self-Portrait, on voit d'ailleurs sur la jetée à Santa Barbara le  pélican qui servit de modèle à celui qui vole dans la première salle de l'exposition à la galerie Almine Rech, sur un autre on voit trois surfeurs, tous jeunes mais chacun d’un âge différent, portant des combinaisons noires. La seconde salle de la galerie présente sept combinaisons (« Wetsuits »), des sculptures inédites réalisées en aluminium peint et intitulées Self-Portrait.

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

"Self-Portrait", 2017 d'Alex ISRAËL - Courtesy Almine RECH Gallery © Photo Éric Simon

 Aux premières heures de leur conception, le corps d'Alex Israel fut moulé pour produire la forme qui, aux dernières heures de cette conception, devint cet ensemble de sculptures anthropomorphes qui sont aussi des combinaisons célébrant à leur tour Los Angeles via l'un de ses sports emblématiques. Leur rigidité, l'absence de têtes, de mains et de pieds, évoquent cependant plus la statuaire antique et la manière dont ces reliefs de civilisations disparues se présentent à nous dans les musées.

Assurément, l'oeuvre d'Alex Israel a des ambitions narratives qui la rapprochent du cinéma ou de la télévision et qui, en tous cas, la rapprochent du documentaire (consacré à Los Angeles) ou du Biopic (consacré à Alex Israel)  l'un ou l'autre sachant inventer pour leur réalisation des formes qui ne sont ni celles de la télévision ni celles du cinéma.

Une oeuvre qui, en somme, aurait replié l'entertainment sur l'histoire des formes artistiques.

Eric Troncy

Almine RECH Gallery

64 rue de Turenne

75003 Paris

 

http://www.alminerech.com

 

Jours et Horaires d'ouverture: Du mardi au samedi de 11h à 19h.

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