L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

13 Sep

Expo Peinture Contemporaine: Katinka Lampe "Wannabe"

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Peinture Contemporaine

Du 6 au 21 septembre et du 5 au 26 octobre 2013 

 

Katinka Lampe est née en 1963 à Tilburg, aux Pays-Bas.Depuis 1991, elle vit et travaille à Rotterdam

 

Plus que des portraits, Katinka Lampe peint des visages, ceux d’enfants ou d’adolescents : des visages sans histoire qui sont des êtres de peinture surgissant de grands fonds colorés. De trois quarts, de face, en buste, le regard droit ou dissimulé derrière la chevelure, les visages intriguent et veulent entrer en dialogue avec le spectateur. Ils expriment tous à leur manière le même souhait avec une certaine fébrilité: ils veulent devenir autres. En anglais, on emploie le terme « wannabe » (l’argot pour « want to be ») : quand le « vouloir être » devient plus fort que n’importe quel état, comme une quête désespérée, dirigée vers un inatteignable. [...]

 

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Collecte, mise en scène et picturalité

 

Katinka Lampe collecte d’abord des images qui la frappent dans des magazines de mode ou dans la presse. Pour ses dernières peintures, elle a également travaillé à partir d’images récupérées sur internet autour d’un phénomène de société américain extrêmement suggestif : les Child Beauty Pageants. Des petites filles apprêtées s’exhibent dans des concours de beauté, selon des rituels étrangement archaïques.

 

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Telles de petites poupées vivantes, elles n’ont pas d’autre quête que celle d’un glamour avant l’âge, vernies comme des faux ongles. L’enfance pouponne disparaît derrière le maquillage, les faux-cils, le rouge à lèvre trop rouge, les paillettes et les poses outrées. L’artiste travaille sur ce phénomène afin de se le réapproprier, en recréant d’abord les cadres d’une séance photographique avec de jeunes modèles. Dans une atmosphère très joyeuse, des enfants de son entourage se prêtent au jeu, s’amusent à être des petites stars devant son objectif, « pour de faux », à grand renfort de maquillage et d’accessoires.

 

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 Cette première étape photographique peut faire penser au travail de Bettina Rheims : les images obtenues appartiennent à une zone étrange, entre esthétique glamour et construction iconique. Comme pour un shooting, Katinka donne des directions de mise en scène, mais elle a bien conscience de ce qui la sépare des séances codifiées des plateaux de mode. Le modèle regarde par-dessus son épaule, sourit, séduit, met les mains sur les hanches, sait capter l’attention de l’appareil.

 

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Ce n’est qu’après la séance photo que l’artiste choisit l’image qui sera le point de départ de sa peinture, photo dont elle se dessaisit d’ailleurs très vite, celle-ci ne lui servant que de support mental, vite imprégné dans la conscience. La photographie, en tant que « réalité intermédiaire », permet le basculement vers la réalité de la peinture.La peinture prend le dessus. Les portraits qu’elle bâtit alors sur la toile ne sont pas des portraits individualisés ou psychologisés, mais plutôt des portraits mentaux, sans histoire personnelle, sans caractérisation. Il ne s’agit pas de faire le portrait d’une personne effective. «C’est pour cela que je travaille à partir de modèles enfants ou adolescents, et non pas adultes : les adultes ont trop d’histoire derrière eux, alors que l’histoire des enfants est encore à construire», explique l’artiste. Ainsi, ces portraits ne charrient « aucune vérité ». Paradoxalement, « les toiles ont l’air très réalistes, mais je rejette l’idée de réalisme: s’il y a une réalité à chercher, c’est celle que chaque spectateur apporte par son regard », précise-t-elle.

 

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Dès lors, face à un grand portrait de jeune fille aux cheveux presque blancs, l’œil transperce la vision d’un visage spécifique pour se noyer dans la couche de peinture à l’huile, disposée de manière très légère, toute en surface, sans brillance. L’œil s’approche et voit les coups de pinceau en traînées verticales, des zones de flou qui font penser aux portraits de Gerhard Richter, à la fluidité d’une touche en transparence, qui se diffuse dans la matière. Katinka refuse la virtuosité, le bien peint, et s’engage même parfois dans un processus de destruction de la forme aux contours trop précis et linéaires. « Je travaille dans une zone dangereuse : je ne suis pas une portraitiste, même si je ne fais que des portraits », explique l’artiste qui se détourne donc de toute potentialité de ressemblance ou de véracité : c’est la quête de la picturalité du visage qui compte avant tout, comme surface de fantasmes, vecteur émotionnel et expressif.

 


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Devenir autre. Acquérir un nouveau visage. Tout portrait obéit à un phénomène de transfiguration, de mise en forme d’un inaccessible, d’une force inconnue qui se cache derrière les traits de ce que l’on nomme communément la figure. C’est bien pour cela que Katinka Lampe est portraitiste, mais au sens le plus noble du terme. S’inspirant de Frans Hals — son compatriote du Siècle d’or, peintre des chairs épaisses et légères à la fois —elle libère son geste et donne une jeunesse éternelle à des êtres en devenir.

Léa Bismuth, juin 2013

 

Galerie Filles du Calvaire

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75003 Paris


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