Benjamin SABATIER « Concrete & Colors »
"HW (Red)", 2025 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
Du 14 juin au 26 juillet 2025
« Le geste est l’envers de la marchandise. »
- Giorgio Agamben
Xippas a le plaisir de présenter Concrete & Colors, la première exposition personnelle de Benjamin Sabatier à la galerie, à travers une série inédite occupant la totalité de l’espace. Sculpteur, Benjamin Sabatier ne nie pas pour autant la dimension performative de sa pratique. Sondant la relation entre art et travail, entre action et objet, à travers un usage de matériaux précaires ou bruts (le béton, le carton ou la brique), et un vocabulaire abstrait se référant à la Modernité, l’artiste critique les logiques productivistes de notre capitalosphère, en visibilisant le processus transformateur de la matière.
"HW (Purple)", 2025 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
"Sans titre (Reste 08)", 2020 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
Sous un titre évoquant à la fois le chantier (concrete est l’anglais pour béton) et la peinture moderne (les découpes de Matisse, par exemple), Concrete & Colors présente Home Work, série composée de grandes sculptures plates en béton armé peint, ainsi que de plus petits formats, agencés sur un socle telle une forêt.
On pense aux sculptures percées de Barbara Hepworth, aux installations monumentales de Nancy Holz mais également au traitement de la matière chez Joseph Beuys : si les œuvres de Benjamin Sabatier se jouent souvent d’un certain formalisme, elles témoignent d’une expérience de la transformation. Le faire est conducteur dans le travail, allant jusqu’à évoquer l’autoconstruction (le kit). Le processus induit la forme : le procédé usité (assemblage, moulage, découpe) à partir de l’empreinte de moules en carton, permet à la peinture apposée à la fin d’en révéler la fragilité, dont les aspérités ressortent sur la tranche des sculptures.
"Sans titre (Reste 09)", 2023 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
"HW (Blue)", 2025 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
Deux échelles sont explorées, celle de l’intérieur et celle de l’extérieur. À cette dualité, répond la présence du vide au centre des sculptures, par essence des pleins. C’est par l’évidement que chaque pièce trouve son équilibre. Le disque ôté devient le socle, et la trouée outil visuel. Mais qui regarde qui devant une œuvre ?
Et, qu’est-ce que l’on regarde : la matière ou le trou ?
L’ajour ouvre une perspective sur notre espace social.
À la dimension gestuelle du façonnage, vient s’associer la relation entre les œuvres et les publics. Le philosophe Nelson Goodman explique que “le creusement et remplissage d’un trou fonctionne comme œuvre, dans la mesure où notre attention est dirigée vers lui en tant que symbole exemplifiant.” Motif usuel dans la métaphysique et dans l’histoire occidentale de l’art, le trou est, chez Sartre, un néant à remplir pour nous unir à l’autre. Ainsi l’artiste aborde-t-il l’exposition comme un espace relationnel, une phénoménologie : l’artiste y conçoit le regard comme geste actif, envisageant le.la visiteur.euse comme élément d’un dispositif plus large : une situation.
"HW (Green)", 2025 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
Benjamin Sabatier pense la sculpture comme un vecteur d’écologie, en faisant usage de supports délaissés : résidus et rebuts. Cet upcycling, faisant parade aux effets de l’industrialisation -principale cause de l’effondrement climatique-, occasionne une “deuxième main”, celle de l’artiste, qui place son travail au centre d’une réalité socio-économique.
Via une esthétique de chantier, la symbolique du béton convoque l’histoire sociale et politique des grands ensembles urbains. Également, l’histoire ouvrière, construite sur une aliénation du geste et la productivité soutenue par le monde libéral.
"Sans titre (Reste 07)", 2020 et "Sans titre (Reste 026)", 2023 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
"HW (Bright Aqua Green/Medium Magenta)" et "HW (Yellow/Orange)", 2024 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
La série est rassemblée sur un long piédestal ou display, de type grands magasins. Le socle (de socolo, la chaussure qui réhausse l’œuvre) devient alors support d’un autre bien fondamental : le paysage social. L’ensemble, habité par l’énergie du vivant (l’acte créateur), fait ainsi prévaloir performativité et durabilité du délaissé et du précaire.
Il faudrait lire la prévalence du geste, au sein de notre monde que le mouvement inquiète. Concrete & Colors nous enjoint à convivre dans la transformation, à faire de l’adhésion un instrument écologique.
- Agnès Violeau
"HW (Bright Green/Lemon Yellow)" et "HW (2 Blue Ones)", 2024 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
"HW (Brillant green)" et "HW (Orange Flashe)", 2024 de Benjamin SABATIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie XIPPAS - Paris © Photo Éric SIMON
Né en au Mans, Benjamin Sabatier vit et travaille à Paris.
Son usage du béton, constant aussi bien dans ses compositions en volume que dans ses réflexions sur la peinture abstraite, s’inspire de l’histoire de ce matériau fondamental de l’architecture moderne ainsi que de son emploi dans l’histoire de la sculpture depuis les années 1970. L’utilisation de panneaux de carton ou de plastique génère une texture de surface inattendue, parfois renforcée par l’ajout de peinture, au risque de troubler l’apparence des matériaux.
Ses œuvres font partie d’importantes collections publiques : Artothèque de Villeurbanne (France), Fondazione Ghisa Art Collection à Locarno (Suisse), FRAC Haute-Normandie (France), Fondation Galila Barzilaï-Hollander à Bruxelles, Collection Société Générale à Paris (France), Collection Raja à Paris (France), Collection FdG Project à Bruxelles, Latvian Centre for Contemporary Art à Riga (Lettonie).
Galerie XIPPAS
108, rue Vieille du Temple
75003 Paris
www.xippas.com
Jours et horaires d’ouverture du mardi au vendredi de 11h à 13h et de 14h à 19h
Les samedis de 10h à 19h.
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