RUOXI JIN "Microclimats"
Du 16 octobre au 22 novembre 2025
Mennour présente la première exposition personnelle de Ruoxi Jin à la galerie, qui transforme pour l’occasion l’espace en un territoire singulier, un espace-temps où coexistent des objets rencontrés fortuitement, chargés de résonances intimes.
Intitulée « Microclimats », l’exposition se déploie comme un voyage intérieur, une narration dont la temporalité implicite est celle d’un vol aérien, du décollage à l’atterrissage. Ce trajet métaphorique explore les rapports de l’artiste à la fragilité de l’existence évoquant la peur, la séparation et la mort.
Chaque œuvre agit comme un microclimat : autonome mais reliée aux autres, comme autant de réalités parallèles partageant un même présent. L’exposition se lit ainsi comme une traversée, ponctuée de turbulences, d’accalmies et d’instants suspendus qui jalonnent un itinéraire intime.
"Éternuement télépathique", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Les objets deviennent autant d’instants fugaces, de souvenirs surgissant au gré des pensées, des arrêts sur image dans le flux continu du temps. Simples en apparence, ils se révèlent être des points d’ancrage poétiques, des fragments de mémoire capables de condenser une expérience à la fois personnelle et universelle.
Ensemble, ils composent une constellation hétérogène, une véritable topographie de l’émotion et du souvenir. Éternuement télépathique, nez d’avion au centre de l’exposition, retient un éternuement, violent mais contenu. En Chine, éternuer signifie que quelqu’un pense à vous : il devient instrument de télépathie, captant l’angoisse et les pensées de l’artiste. Près de lui, l’œuvre Jumeaux, composée d’un œuf et d’une poupée gigogne, évoque réparation et réincarnation, suggérant que l’avion pourrait avoir été un oiseau dans une vie antérieure.
"Le long voyage du membre fantôme", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Certains objets marquent des seuils, signalent une arrivée ou un départ. Mousson, Grêle, deux parapluies, l’un orné de grelots, l’autre décoré de perles, évoquent à la fois le bruit de la pluie, de la grêle et des clochettes que l’on accroche aux portes des maisons. Leur tintement fragile devient métaphore du temps qui s’écoule, rappelant que chaque instant porte déjà en lui la trace du départ.
Dans Averse, cette logique se prolonge : les flotteurs suspendus au corps du parapluie, simples outils utilitaires, se transforment en vecteurs de causalité, annonçant ou déclenchant des événements, visibles ou invisibles.
"Et si les yeux n'etaient tournés que vers l'intérieur du corps, de quels microclimats seraient-ils témoins?", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
"Issue de secours", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
La mémoire familiale irrigue certaines pièces : Le long voyage du membre fantôme, une jambière, inspirée du souvenir des blessures de la grand-mère de l’artiste devient un membre fantôme, image de réparation et de guérison. Ce geste de réparation résonne avec les trois baleines de parapluies disposées dans l’espace.
En chinois, « parapluie » (saan) se prononce comme « séparation ». Ouvert à l’intérieur, il porte malheur, annonce la perte, qu’elle soit affective ou matérielle. Ici pourtant, ces parapluies agissent comme des anti-malheurs et reforment du lien contre la séparation. Comme la jambière, ils transforment la vulnérabilité en protection : l’un soigne le corps blessé, l’autre protège les liens fragiles.
"In the warm winter of 2020,scientist Juoxi G. lost his favourite suitcase during a research trip on microclimates. Five years later, a streamer trunk marked with his initials zarrived - bearing the same pair of holes on its body.....", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Les poupées gigognes, fabriquées dans la ville natale de Ruoxi Jin, apparaissent ici dans leur état brut, parfois tranchées pour révéler leur intérieur. Dépourvues de visage, elles perdent leur identité et deviennent coquilles, moules, espaces négatifs où se loge le temps. Chaque poupée est à la fois corps et enveloppe, contenant et vide, seuil d’une existence enchevêtrée.
Cette même logique se déploie dans In the warm winter of 2020, scientist Juoxi G. lost his favorite suitcase during a research trip onmicroclimates. Five years later, a steamer trunk marked with his initials arrived—bearing the same pair of holes on its body.
Archaeologists have dated the trunk to the late 19th century. Has the lost case found its way back? — Local Daily News, reported by Rosy J., un coffre de voyage que l’artiste a trouvé habité par des guêpes. Archive fragile d’une occupation passagère, il témoigne de la persistance de la vie dans les interstices.
"À fleur de l'eau sous le soleil", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
"Sans titre (Feu d'artifice)", 2025 de RUOXI JIN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Plusieurs œuvres interrogent l’artifice et la manière dont les symboles se rejouent ou se déplacent. Certaines œuvres intègrent des pierres de go, semées à la surface ou nichées à l’intérieur comme les traces d’un jeu suspendu, de manière aléatoire. Cette réflexion se prolonge avec Sans-titre (feu d’artifice), un feu d’artifice composé de clous projetant leurs ombres comme une pluie.
Depuis l’avion, l’artiste imagine la scène à une autre échelle : le spectaculaire devient intime, et l’éphémère se mue en permanence. Issue de secours condense ces logiques. Une fausse pêche, poncée jusqu’à révéler son « os » est traversée d’une aiguille d’horloge fluorescente. En chinois, « pêche » et « s’enfuir » se prononcent de la même manière : l’objet devient à la fois symbole de protection et d’immortalité, et métaphore de l’évasion.
Au terme du voyage, Tempo primo est le métronome qui marque le retour au tempo initial : l’atterrissage du vol imaginaire, rythme régulier qui clôt turbulences et ramène à un temps commun.
- Marilou Thirache
Galerie MENNOUR
6, rue du Pont de Lodi
75006 Paris
www.kamelmennour.com
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