Marius BUET « Toutes les choses sur terre »
"L'annonce faite à Marie", 2025 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
Du 5 février au 21 mars 2026
La galerie Polaris est heureuse de présenter la première exposition de Marius Buet : Toutes les choses sur terre. L’exposition présentera un ensemble de tableaux (huiles sur toile) et quelques dessins. Marius Buet est né en 1995.
En 2022, il est diplômé des Beaux-Arts de Paris.
L’œuvre de Marius Buet se nourrit à de multiples sources, créant un univers déconcertant et étonnant où se combinent une logique figurative et des énigmes picturales. Il mêle ainsi des inspirations d’origines diverses, que ce soit des fragments littéraires, artistiques, scientifiques et philosophiques.
Ce regard étrange et ironique sur notre monde présente des scènes souvent absurdes qui désorientent par leur fantaisie. Toutefois l’imaginaire de l’artiste laisse libre le spectateur pour décoder et savourer ses messages.
"Opposition", 2025 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
À partir d’images familières, Marius Buet repousse les frontières de l'imagination et tout en explorant les profondeurs de l'inconscient, il ouvre de nouvelles voies dans la peinture figurative contemporaine. Du tableau L’Annonce faite à Marie à La Chambre rouge en passant par Cellule dormante, les formes figurées, la palette riche et lumineuse, les fonds unis ou détaillés jouent avec les contraires et les frontières entre le réel et l’illusion. Une sorte de comédie propre à l’artiste.
S’inscrivant dans le sillon d’un surréalisme contemporain, l’art de Marius Buet échappe au contrôle de la raison et se déploie dans une large palette de figures peuplée de personnages mystérieux, heureusement (ou malheureusement ?) quasi imperméables à toute interprétation rationnelle. L’artiste rappelle ainsi que toute image peinte est une représentation et non une copie du réel et son œuvre nous invite à questionner cette relation.
"La chambre rouge", 2025 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
Dans La chambre rouge, Marius Buet projette le spectateur au cœur d’une scène où le quotidien bascule hors du temps. La toile fonctionne ici comme un templum — ce carré délimité dans le ciel par les augures antiques pour observer le vol des oiseaux et déchiffrer les présages. Enfermé dans cette boîte picturale en deux dimensions, le spectateur devient le témoin d’un rituel dont la logique lui échappe, oscillant entre la brutalité d’une extraction et la solennité d’une cérémonie fondatrice.
L’espace est saturé d’un rouge incandescent, une couleur viscérale qui abolit la distance entre la chair et le décor. À droite, une figure aux reflets bleutés semble manipuler une sphère lumineuse. Ce contraste chromatique marque une rupture dans l'unité rouge, désignant peut-être le "voyant" ou l'élément transformateur.
Au centre, la présence d’une biche, que seul le spectateur semble voir, introduit une douceur face à la violence sourde du cordon tiré du corps. Ce cordon (ombilic ou intestin ?) suggère-t-il que pour fonder une cité ou transformer le monde, il faut d’abord passer par une mise à nu radicale de l’humain ? Les symboles de la modernité — une boule à facettes, des lunettes, une chaise — sont réappropriés par le sacré. La sphère lumineuse agit comme un astre artificiel projetant des signes sur les murs, tels des augures technologiques que le personnage assis semble déchiffrer dans sa boule.
"Cellule dormante", 2025 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
Entre les fenêtres ouvrant sur un crépuscule mauve et l’enfermement du studio, cette Chambre rouge devient un laboratoire où l'on observe des forces invisibles pour tenter de donner un sens au chaos extérieur. Dans cette œuvre intitulée Entrisme, Marius Buet s’empare de l’atmosphère de paranoïa qui sature notre actualité pour la transformer en un moteur de création plastique. L’artiste part du postulat que si le complotisme est une impasse politique, il constitue en revanche un terreau fertile pour l’art, car il impose de s’arrêter sur chaque détail et une propension à la surinterprétation.
Le tableau nous plonge dans un espace clos, à la frontière entre le bureau administratif et la cellule psychiatrique. Au centre, un personnage à la peau d'un bleu d’asphyxie semble écrasé par une tâche bureaucratique dérisoire. Sa couleur, froide et déshumanisée, contraste avec l'ocre chaleureux mais étouffant des murs. Derrière lui, un pistolet flotte sans support, telle une idée fixe ou une menace suspendue, matérialisant cette violence diffuse qui pèse sur l'inconscient collectif.
L’élément de rupture vient de la droite : une figure monumentale et hirsute, dont seuls les yeux percent l'obscurité, observe la scène depuis un cadre dont la nature reste indéfinie. Est-ce une fenêtre ouvrant sur un extérieur radioactif ou un tableau dans le tableau ? Cette ambiguïté spatiale est le pivot de l’œuvre. Elle incarne l’intrusion — « l'entrisme » — de l’irrationnel dans le quotidien le plus banal.
Buet joue sur des contrastes de textures saisissants : la précision technique des lunettes et de l'arme se heurte à l'aspect organique, presque animal, de la créature sombre et du radiateur aux formes osseuses. En nous forçant à scruter chaque élément comme un indice potentiel, l'artiste nous place dans la position du paranoïaque. Entrisme ne cherche pas à dénoncer un système, mais à capturer ce moment précis où la réalité bascule dans l’étrangeté, nous invitant à habiter poétiquement l'incertitude.
Marius Buet orchestre une confrontation silencieuse et radicale entre deux pôles : une masse organique impénétrable et un organe de vision désincarné. L’œuvre place d’emblée le spectateur dans un espace clos, un huis clos chromatique où le bleu profond du mur et le rose terreux des lattes du plancher délimitent une scène sans issue.
Au centre, une chevelure blonde, monumentale et dense, s’écoule comme une cascade de matière. Elle ne se contente pas de couvrir un corps ; elle l’absorbe. L’artiste joue ici avec les codes de l’iconographie hagiographique : si les figures de Marie-Madeleine ou de Marie l’Égyptienne utilisaient traditionnellement leur chevelure comme un voile de pudeur et de pénitence, Buet pousse ce retrait jusqu’à l’effacement total. Aucune parcelle de peau, aucun fragment de chair ne vient attester d’une humanité sous ce « tas de poils ». L’être devient volume, la figure devient texture.
Face à cette opacité, un œil unique flotte, suspendu dans le vide. Ce regard, à la fois témoin et intrus, semble traquer un indice, une faille dans la parure. Mais la chevelure résiste. Ce qui est habituellement un attribut de séduction ou de vulnérabilité devient ici un rempart, une armure organique. Le titre, Opposition, ne désigne pas seulement le contraste formel entre la verticalité des cheveux et la sphéricité de l’œil, mais le conflit insoluble entre le désir de voir et le droit de disparaître.
Par cette mise en scène proche du surréalisme, Marius Buet interroge la persistance de l’identité dans un monde d’observation constante. En nous refusant l’accès au corps, il force le spectateur à contempler l'énigme d'une présence qui se définit uniquement par son refus d’être regardée.
L’Annonce faite à Marie nous pose une question.Traditionnellement ce sujet est traité à grands renforts de symboles, tels une colombe, un rayon de lumière, un ange, une petite main dans le coin du tableau comme chez Fra Angelico, etc. Ceux-ci composent la « vision » de Marie pour représenter la connexion avec le divin. Mais qu’en est-il aujourd’hui où ce que nous ressentons, même le plus sacré, passe par la « mécanique » du cerveau ? L’art n’est-il plus qu’une réaction chimique ? Nous résumons-nous à notre cerveau ?
« Les Eaux sales » est une expérience picturale s’inscrivant dans une démarche minimaliste et sensorielle. C’est une recherche où la couleur volontairement limitée est faite de variations dans la matière picturale. Le dos n’est ici qu’un prétexte pour exposer tant la chair du modèle que celle de la peinture, matière organique, presque vivante. Cette matière s’étend aux eaux dans lesquelles baigne le personnage : eaux troubles, visqueuses, sales… de la boue ?
Viande déploie une mise en scène frontale et dépouillée où deux formes d’inertie se font face. Dans un espace minimaliste, réduit à l'essentiel, un corps humain se dérobe sous une table tandis qu’une pièce de viande monumentale trône à sa surface. L'œuvre joue sur des contrastes chromatiques brutaux : un jaune acide et maladif sature l'espace, tandis que le rouge viscéral de la chair s’impose par son poids symbolique. Cette opposition crée un sentiment d’urgence et de malaise. Le corps au sol, aux teintes orangées encore vibrantes, semble écrasé par la masse organique qui le surplombe, interrogeant la porosité entre la vie et la matière brute.
"Gut feeling", 2026 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
En reléguant l’individu sous le mobilier, l’artiste inverse la hiérarchie traditionnelle : la carcasse devient le protagoniste sculptural, tandis que l’humain, drapé dans un linceul aux gris froids, est réduit à sa seule présence. Cette confrontation convoque l’héritage de Francis Bacon ou de Soutine, mais Buet s’en distingue par une économie de moyens et une mise à plat de la perspective qui évoquent l'austérité d'une scène post-théâtrale.
Une source lumineuse telle une déchirure blanche dans la peinture, fige la scène dans une atmosphère clinique et atemporelle. Entre nature morte contemporaine et drame silencieux, cette toile explore la vulnérabilité de la condition humaine face à sa propre finitude. Dans cette œuvre de grand format, Marius Buet explore l’alchimie entre un dispositif en attente et une esthétique de l’économie. Sa palette de jaunes acides et de verts terreux installe un huis clos étouffant où le temps semble suspendu. Dans cette « cellule », l’inertie des corps et le dénuement d'un réfrigérateur vide dégagent une passivité extrême, comme un sommeil guettant un signal extérieur.
Cette banalité bascule dans le tragique par l’irruption d’un mouton sacrificiel : son filet de sang rouge vif devient le déclencheur de la narration, infiltrant une violence latente dans le quotidien. En contraste, une large ouverture vaporeuse à l’arrière-plan offre un horizon inaccessible. Cette lumière diffuse apporte une respiration métaphysique, plaçant l’homme entre la trivialité matérielle et une aspiration spirituelle lointaine. Refusant le beau académique, Buet privilégie une honnêteté brute dans l’application de la matière. La peinture devient alors un objet vivant, une présence sourde qui attend d’être activée par le regard du spectateur pour révéler sa charge prophétique.
"Buisson ardent", 2025 de Marius BUET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie POLARIS © Photo Éric SIMON
Buisson ardent est une réinterprétation audacieuse de l’iconographie biblique où l’artiste explore la tension entre le trivial et le sacré. Le sacré ici surgit de l’insignifiant : quelques sacs poubelles en feu… L'apparition divine ne naît pas de la nature majestueuse, mais des déchets de la société de consommation. Le personnage central, vêtu d'une chemise bleue et d'un pantalon moutarde, figure un Moïse moderne, et flâneur.
Entre esthétique « cartoon » et « peinture peinturante », l’œuvre explore le moment où la matière brute — ici, la boue colorée de la peinture à l’huile — bascule vers le langage symbolique et invite à une réflexion sur la persistance du mythe : comment le sacré peut-il encore s'incarner dans les rebuts d'une société saturée d'objets ?
En transformant un fait divers urbain (un feu de poubelle) en une théophanie (apparition divine), Marius Buet nous invite à voir la peinture comme une forme d'alchimie capable de transformer le déchet en langage artistique.
Cet Autoportrait est une œuvre réalisée pour marquer le passage des trente ans de l’artiste. Marius Buet s’éloigne de l’autoportrait traditionnel pour proposer une peinture de recherche. Refusant le caractère solennel du manifeste, il utilise son propre visage comme un prétexte non pour s’exposer, mais au contraire pour peindre sans sujet.
Un jeu s'installe inévitablement entre le sujet et son ombre, presque aussi imposante que le sujet lui-même. D’abord un dialogue de textures où le visage est traité avec une matière riche et épaisse en opposition avec l’ombre plate, diffuse, presque évanescente. Cette ombre donne une profondeur spatiale au tableau, mais elle agit aussi comme un rappel de la présence physique du peintre dans l'espace et introduit un dialogue silencieux entre les deux formes, transformant un simple exercice technique en une composition équilibrée et intrigante.
L'artiste restreint volontairement sa palette chromatique pour se concentrer sur les variations de la matière. Par un jeu de contrastes entre l’empâtement du visage et la fluidité de l’ombre projetée, il explore la tension entre figure et abstraction. Cette démarche transforme l’exercice de l’autoportrait en une expérience purement plastique, où le sujet s'efface au profit de la présence physique de l'huile sur la toile. Le peintre se regarde non pas comme une âme à dévoiler, mais comme une surface à explorer.
Marius Buet est né en 1995 à Suresnes. Il vit et travaille à Paris.
Galerie POLARIS
15 rue des Arquebusiers
75003 Paris
http://www.galeriepolaris.com
Jours et Horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 11h à 19h.
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