Roland COGNET « Les jours heureux »
Détail "Les jours heureux", 2026 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Du 26 mars au 2 mai 2026
À l’occasion de sa deuxième exposition dans l’espace parisien de la Galerie Claire Gastaud, Roland Cognet réaffirme la singularité d’une démarche sculpturale où le dialogue entre la noblesse de la matière et la précision du geste occupe une place centrale. Puisant ses racines dans une culture du matériau brut — bois massif ou bronze — l’artiste façonne des œuvres qui interrogent notre rapport à la forme et à sa présence dans l’espace. Ses sculptures, qu’il s’agisse de troncs d’arbres imposants retravaillés à la tronçonneuse ou de figures animalières à la puissance indomptée, ne cherchent pas l’artifice mais l’affirmation d’une réalité tangible.
En se concentrant sur l’organique et le sauvage, Cognet crée un interstice poétique où la sculpture devient un prolongement de la vie de la matière, tout en faisant constamment référence à l’univers de l’atelier. Entre le geste de la main et le respect du vivant, son travail explore une « sculpture possible » qui, par sa géométrie sensible, parvient à imposer une présence souveraine et silencieuse.
"Grand Duc", 2025 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Détail "Grand Duc", 2025 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Roland Cognet élabore depuis plus de quarante ans une œuvre sculpturale accomplie entretenant un rapport étroit avec le paysage, le monde naturel et l’animal. L’œuvre est largement constituée de puissants volumes de bois brut ou façonné aux contours abstraits invitant à l’appréhension d’une situation spatiale et sensible du matériau. Souvent traversée par des animaux sauvages modelés puis fondus en bronze, l’œuvre constitue une entrée métaphysique interrogeant notre sens d’être au monde et nos relations avec le vivant.
Cette intime relation nouée aux formes du vivant s’initie dès le choix des bois que Roland Cognet prélève sur des troncs abattus. Cèdres, séquoias, tuyas… Ces grands conifères à la fibre incompressible et odorante, implantés au milieu du XIXème siècle en Europe dans beaucoup de parcs et arborétums, ont subi nombre de disparitions ces dernières décennies en raison d’un manque d’adaptation au réchauffement climatique.
"Les jours heureux", 2026 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
"Louve aux aguets", 2021 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Roland Cognet leur accorde une dernière attention. Pour chaque volume massif qu’il sculpte, il salue un arbre et son écosystème spécifique, un climat, un contexte paysagé, une mémoire considérable. Il faut alors remonter à l’enfance pour saisir la mesure de cette sensibilité accrue à l’environnement paysager. Celle-ci lui apparait dès son plus jeune âge alors qu’il parcourt les forêts de l’Allier et qu’il éprouve en même temps le plaisir de s’initier au façonnage du bois dans l’atelier artisanal familial.
Deux approches essentielles se révèlent dans ses œuvres. La première s’exprime par la mise en forme abstraite de volumes de bois affranchis de tout mimétisme et de figuration. Dressés côte à côte, superposés, parfois mis en équilibre, les blocs sont assemblés selon une approche moderniste s’attachant à une recherche d’équilibre des formes, des vides et des masses dans l’espace.
Comme un paysage s’inscrit dans ce corpus d’œuvres où la géométrie des éléments mis en tension se transposent dans une réalité vécue : une colline, des montagnes érodées, des falaises révèlent des points de vue sur le relief d’un paysage.
"La nuit des temps", 2026 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Le second mode que l’artiste a progressivement affirmé dans son travail, jusqu’à devenir une expression aujourd’hui parfaitement identifiable, s’exprime dans la figure animale. Modelés le plus souvent à taille réelle, ces êtres sauvages aux silhouettes silencieuses surgissent dans l’espace isolé du lieu de monstration ou se mêlent librement aux volumes abstraits des paysages élaborés.
Roland Cognet apporte un soin particulier à la nature des textures affleurant la surface des silhouettes animales. Ainsi, il fait émerger le regard perçant d’un grand-duc et son plumage ébouriffé dans les empreintes nerveuses de doigts laissées dans le modelage. Ailleurs, c’est la silhouette lisse et épurée d’un loup en posture de guetteur qui surgit dans l’espace ou celle d’un lynx dont le profil s’est précisé au fil d’une année de recherches tirées de la collecte d’images, de la réalisation d’esquisses dessinées et sculptées.
A la manière de Rodin qui menait un travail exploratoire de modelage considérable sur le corps, Roland Cognet tente lui aussi de décomposer le geste, les postures pour enrichir les attitudes.
"Tête de Bonobo", 2015 et "tête de Gorille", 2009 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
L’artiste décrit ces longues étapes de travail, comme un voyage à la découverte d’un animal dont il tente de percer une forme d’être au monde.
Adepte des changements d’échelle Roland Cognet se plait à explorer différentes situations spatiales grâce au modèle réduit. Projection mentale d’un paysage où tous les attributs de l’œuvres sont sollicités à l’échelle d’une maquette. Ainsi L’atelier est le paysage présente une petite pièce composée de bois, acier, résine acrylique et peinture accrochée au mur mettant en relation différents univers qui cohabitent dans son atelier.
L’installation projette une situation architecturale rudimentaire traversée par un faucon qui engendre la projection d’une réalité parallèle, celle d’un endroit où cohabitent construction naturelle, humaine et vie animale.
"Tête de Chimpanzé", 2022 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Dans leur ensemble, ces installations suggèrent une réflexion plus large sur la crise de nos liens avec la nature et prolongent la réflexion du philosophe Jean-Philippe Pierron dans son livre Je est un nous qui évoque de quelle façon la rencontre d’un animal, d’un arbre, d’une rivière, peut être le catalyseur de l’engagement de penseurs, de philosophes et d’artistes.
Telle une percée poétique et sensible qui se serait ouverte à eux, et déclenche une nouvelle manière de penser, d’agir et de se sentir dans le monde. De la même façon, et en particulier par son appréhension sensible et poétique du monde, Roland Cognet établit par son œuvre un lien approfondi avec le vivant et la terre.
"Faucon", 2022 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie CLAIRE GASTAUD © Photo Éric SIMON
Œuvre particulièrement méditative, Les jours heureux salue l’inspiration qu’il doit aux paysages qu’il arpente. Positionnés à la cime de troncs d’ifs écorcés, de petits loups coulés en bronze profitent d’un promontoire tel un refuge, pour observer, s’alanguir, se laisser pénétrer d’un moment hors du temps. Les jours heureux réanime le sentiment d’appartenance à une nature, une histoire plus vaste que la nôtre suggérant peut-être pour nous tous, le projet d’une révolution intérieure à entamer.
- Sophie Auger Grappin: Directrice du Creux de l’enfer
Mars 2026
Galerie CLAIRE GASTAUD | PARIS
37 rue Chapon
75003 Paris
http://www.claire-gastaud.com/
Jours et horaires d’ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.
Roland COGNET - ACTUART by Eric SIMON
"Espace concret", 2016 de Roland COGNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Claire Gastaud Paris © Photo Éric Simon Du 9 juin au 17 juillet 2022 La galerie Claire Gastaud a le plaisir d'inviter
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