Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS ET DES FOIRES INTERNATIONALES D'ART CONTEMPORAIN À PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE. EXHIBITION IN PARIS

16 Mar

Didier TRÉNET « Chronique d’une idole »

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Peinture Contemporaine, #Expo Sculpture Contemporaine

"Fugue asymètre"; "Wow Mum Ubu" et "O Ulisse", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Fugue asymètre"; "Wow Mum Ubu" et "O Ulisse", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

Du 7 février au 16 avril 2026

[Interruption du 5 mars au 11 mars 2026)

 

 

 

Marabout…

Page après page, par une suite de dessins exécutés dans un carnet, Didier Trénet chemine dans les méandres de sa pensée, au cœur même de la création, là où les œuvres se forment selon une pratique qui a partie liée tant avec la méthode, en ce qu’elle cherche à démontrer une vérité, qu’avec les mots de la comptine : "Somnambule, bulletin, tintamarre...". Des images résonnent, s’entrechoquent, fusionnent, s’engendrent l’une l’autre.

 

"Mais la lumière pourrait s'en mêler", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Mais la lumière pourrait s'en mêler", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

Constitué avant tout de sculptures et de dessins, le travail que Trénet poursuit depuis le début des années 1990 s’appuie fermement sur l’art du XVIIIe siècle avec lequel il entretient une "liaison". S’adonner à cette affinité l’invite à convoquer des motifs – souvent issus des dessins d’ornements – et surtout un climat, celui de l’érotisme, de la théâtralité, du plaisir issu du trait d’esprit, cultivant la polysémie comme le théorisait Sigmund Freud en 1905 dans son texte Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient (Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten).

 

 

C’est ainsi qu’en 2022 Didier Trénet se rend au Louvre avec l’intention de revoir le Pierrot de Watteau, sorte d’idole (comme le qualifie l’artiste) du XVIIIe siècle, traversée d’une toujours bien mystérieuse mélancolie. Déçu de ne pas trouver le tableau, il interroge les gardiens qui lui apprennent qu’il fait, pour quelques mois, l’objet d’une restauration.

 

"Rôle de Sphinge"; "Pauvre canard"; "Je ne trouve pas mon nom" et "Archéologie", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Rôle de Sphinge"; "Pauvre canard"; "Je ne trouve pas mon nom" et "Archéologie", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

Cette absence le déçoit et la frustration le conduit alors à réinventer l’œuvre pour lui-même. Il commence une longue série de variations où, chemin faisant, le tableau de Watteau connait des modifications, des hybridations avec d’autres images. Le processus est tout à fait empirique.

 

 

 

Le personnage de Pierrot se métamorphose en un éléphant, par exemple, surmonté d’une sorte de fabrique, elle-même couronnée d’un arbre. Les associations sont aussi libres qu’elles sont évocatrices des assemblages parfois étranges que l’on trouve dans les ornements de style rocaille, dans les décennies qui suivent la peinture de Watteau, et qui mettent en œuvre une grammaire décorative marquée par la liberté formelle comme par la sophistication du motif.

 

 

 

Ainsi le pachyderme est une silhouette mais aussi un souvenir, celui de l’éléphant en marbre érigé par le Bernin comme piédestal à l’obélisque égyptien de la place Santa Maria Sopra Minerva à Rome, non loin de la Villa Médicis où Didier Trénet a été pensionnaire en 1997.

 

"Tiens, Gilles", 2022-2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Tiens, Gilles", 2022-2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"À Claude (et à la frite)", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"À Claude (et à la frite)", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

Pour nous, comme pour lui-même, Trénet explique la naissance de ces dessins : "D'une certaine manière, je m'en suis fait un (Pierrot) en attendant qu'il revienne. Je pense aussi qu'il m'a attiré par le caractère indisponible ou impénétrable de son intériorité qui demeure assez frappant, et résonne étonnamment, je trouve, avec la période contemporaine".

 

 

 

 

En cela, il réaffirme ce que Picasso disait à Kahnweiler en 1934 sur sa relation aux artistes : "Qu'est-ce qu'au fond un peintre? C'est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu'il aime chez les autres. C'est comme ça que je commence, et puis ça devient autre chose."(1)

 

"Janvier Mathématique", 2026 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Janvier Mathématique", 2026 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Peinture de bouche (Introduction)", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Peinture de bouche (Introduction)", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

Il importe, pour l’artiste, non pas véritablement de s’approprier l’œuvre mais de se saisir de l’image, de l’actualiser par la réitération et l’altération. Un mécanisme de création est déclenché par l’idée d’investir ce tableau qui ouvre la voie à nombre de nouvelles images. Dans le même temps, ce processus donne naissance à des ramifications, des sortes de digressions qui, du personnage théâtral et de son hiératisme, font surgir le motif du masque comme commentaire ou comme ornement (au sens de la musique baroque, trilles, mordants ou fioritures) de représentations dont le sens ne nous est pas encore perceptible.

 

 

 

 

Ce cheminement, à la fois formel et interprétatif amène l’artiste à revenir à nouveau au tableau dans un mouvement circulaire. En effet, si la connaissance du sujet précis du tableau, Pierrot, dit le Gilles de Watteau, s’est presque perdue, il en reste pour aujourd’hui l’expression de la théâtralité caractérisée par une inhabituelle monumentalité et une frontalité de la figure qui font que, comme ses avatars, dessinés ou photographiés par Trénet, il reste un acteur sur une scène et devient simultanément une sorte de totem.

 

 

"Psittaciformes prélude à une main", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Psittaciformes prélude à une main", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Comme des Alouettes", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Comme des Alouettes", 2025 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Surfin'birth", 2026 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

"Surfin'birth", 2026 de Didier TRÉNET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie PAPILLON © Photo Éric SIMON

En fin de compte, le sujet de ces œuvres se révèle être la question qu’elles posent, comme le tableau de Watteau. "Un comédien sans réplique" si l’on en croit le sous-titre de l’exposition du musée du Louvre en 2024. Réceptacle d’un récit auquel nous n’avons plus accès, il devient support de projections, d’images, d’œuvres et de titres.

 

La citation n’est que le point départ pour Didier Trénet. L’œuvre la réactive, de divagation en vagabondage, et affirme sa vitalité comme elle exprime la complexité ontologique et le doute portant sur son identité.

 

- Sophie Eloy

Extrait d’une communication "Pierrot vivant. Quelques réinterprétations du motif dans l’art contemporain" pour la journée d’études "Les reflets de Pierrot, de Watteau à Deburau et Prévert, et jusqu’à aujourd’hui : recherches et perspectives", donnée avec François Michaud le mercredi 22 janvier 2025 au Centre allemand d’histoire de l’art (DFK Paris)

 

 

 

(1) Daniel-Henry Kahnweiler, "Huit entretiens avec Picasso", 29 bis rue d’Astorg, 13 février 1934, Caen, l'Echoppe, 1988.

 

 

 

Galerie PAPILLON

13 rue Chapon

75003 Paris

 

 

 

www.galeriepapillonparis.com

 

 

 

 

Jours et horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 11h au 19h.

 

 

Archives

À propos

L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS ET DES FOIRES INTERNATIONALES D'ART CONTEMPORAIN À PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE. EXHIBITION IN PARIS