+ Robert SHERRATT « Quand l'été se teint de rouille »
"Poets", 2024 de Blaise DRUMMOND - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
Du 18 septembre au 11 octobre 2025
L’ensemble d’œuvres réunies ici a été présenté pour la première fois à la galerie Old Jet (« As the Summer turns to Rust », 18.06.2025 – 27.06.2025), sur le site de RAF Bentwaters, une base aérienne située dans le Suffolk, en Angleterre, et utilisée par les Américains durant la guerre froide. Le choix de ce site répondait au contexte géopolitique actuel, où les angoisses glaçantes de la guerre froide sont devenues une réalité brûlante.
Ce lieu était si particulier qu’il s’est révélé difficile d’adapter l’exposition au site qui devait l’accueillir à Paris. En cherchant une sorte de cohérence contextuelle, j’ai pensé au surréalisme comme lien possible, quoiqu’indirect. Dans la base aérienne qui abrite le centre artistique Old Jet, il règne en effet une atmosphère étrange et presque surréaliste.
Quiconque connaît les films de David Lynch ou les écrits de J.G. Ballard se retrouve dans cette atmosphère et cette esthétique, et si les œuvres présentées ici ne se veulent pas « surréalistes », il ne me semble pas totalement incongru de les exposer dans le berceau du surréalisme.
"The Last Flight", 2024 de Robert SHERRATT - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
"Cypress" et "Scot's Pine", 2025 de Blaise DRUMMOND - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
En réalité, l’absurdité brutale du XXIe siècle est le substrat psychologique d’une grande partie de l’art contemporain. Comparées aux spectacles absurdes que nous offre notre nouveau quotidien, les images iconiques du surréalisme du XXe siècle peuvent même nous sembler par trop familières et presque rassurantes. On lutte désormais, semble-t-il, pour établir une réalité à laquelle tout le monde doit souscrire, au lieu de chercher à débloquer l’inconscient ou à se libérer des contraintes rationnelles.
Avant cette exposition, j’ai travaillé durant quinze ans dans un isolement volontaire, que je n’ai rompu que lorsque Jesse Quin, directeur et fondateur d’Old Jet, m’a rendu visite chez moi. En voyant les piles d’œuvres entassées, il m’a proposé d’exposer dans sa galerie. C’est donc cette exposition personnelle de 2024, intitulée « From the Fragments », qui a mis fin à mon exil suburbain.
"The House of the painter's Mother (winter painting)", 2025 de Blaise DRUMMOND - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
Tout au long de ma retraite volontaire en banlieue, je me suis beaucoup entretenu avec Blaise Drummond. Depuis que j’ai découvert son travail, le monde n’a cessé de gagner en théâtralité, en perversité et en absurdité. À l’heure où l’économie de l’attention fonctionne à plein régime, il émane du travail de Blaise un sentiment de stabilité et d’équilibre qui naît d’une pratique fondée sur des principes profondément enracinés.
Ses œuvres proposent une vision du monde où les lignes sont claires, où les objets sont reconnaissables, où le regard et la représentation sont des outils de compréhension. C’est presque l’inverse du surréalisme ! Son travail suggère que nous avons perdu quelque chose dans l’ambition du projet moderniste : dans la lumière, l’espace, le savoir et la clarté.
En dehors de ces grandes idées – et tout en allant dans leur sens –, Blaise porte généralement une attention minutieuse aux détails de notre monde. Il observe avec intensité les petits éléments qui composent un paysage. Dans l’histoire de l’art, le paysage est souvent un genre politiquement chargé : À qui appartient cette terre ?
Pleure-t-on la perte d’un bien commun ?
Alerte-t-on sur un écocide ?
Le paysage peut devenir un vecteur de ces angoisses, d’où l’accent mis sur les détails, comme le brin d’herbe dans Bent Grass, June 2025, qui nous ramène tranquillement à la réalité de la nature. Cette approche fondamentalement simple nous rappelle aussi que nous sommes libres d’appliquer nos propres méthodes d’observation.
"Winnetka", 2015 de Blaise DRUMMOND - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
Mes œuvres personnelles n’offrent aucun antidote à l’étrangeté croissante de la réalité contemporaine. Pour moi, le collage de fragments de peinture et de toile pour construire des images est peut-être une façon de sonder les limites de l’ordre, à un moment où les intentions et la raison commencent à partir en lambeaux et où les opinions prennent le pas sur les faits. Dans ma peinture, les figures sont une manière de questionner notre agentivité.
Quelqu’un a-t-il encore vraiment le sentiment d’être maître de son destin ?
Sommes-nous tous des marionnettes... et si oui, des marionnettes de quoi ? Parmi la multitude de théories du complot et de forces maléfiques, le choix ne manque pas. Dans un contexte plutôt sombre, il semble (pour paraphraser Samuel Beckett) que nous ne puissions pas continuer... et pourtant nous continuons ! Le point positif est que l’art et la peinture offrent encore un espace de réflexion critique, un espace pour imaginer un monde parallèle ou un autre avenir possible.
"Stony slopes, Roicky plains and quarries", 2012 de Blaise DRUMMOND - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
"The Fisherman's Cottage", 2016 de Robert SHERRATT - Courtesy de l'artiste et de la Galerie LOEVENBRUCK - Paris © Photo Éric SIMON
Le collage est une aide essentielle à la réinvention, dans mon travail comme dans celui de Blaise, car il crée des juxtapositions nouvelles et inattendues, des moyens d’échapper à l’image surdéterminée ou de réinventer une convention picturale à partir de nouveaux processus matériels. Personnellement, j’évite d’utiliser des imprimés ou des photographies ; je préfère les images construites à partir de peinture, de toile, d’imagination et de souvenirs.
Si nous n’avons plus de certitudes, donnons au moins un sens au processus, qui, dans la peinture figurative comme dans l’abstraction, peut assumer une signification implicite. Dans un monde en constante évolution, nous pourrions investir dans l’idée de la connaissance en tant que processus au lieu d’y voir un monolithe immuable. « As the Summer turns to Rust » [Quand l’été se teint de rouille] est une façon d’être présent dans le moment processuel, ce qui me semble être une bonne façon de poursuivre notre chemin.
Robert Sherratt, 19 juillet 2025
Galerie LOEVENBRUCK
6, rue Jacques Callot
75006 Paris
www.loevenbruck.com
Jours et horaires d’ouverture : Du mardi au samedi de 11h à 19h
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