François MORELLET « GÉOMÉTRIE dans les SPASMES »
Détail "Néon abscon", 1968-1995 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Du 9 avril au 30 mai 2026
Chez François Morellet, la géométrie n’est jamais froide : elle vibre, se tend, se dérègle. Sous la neutralité du système, un humour licencieux fait vaciller les lignes et les formes quand les toiles miment des positions du Kama Sutra.
Avec Géométrie dans les spasmes, l’artiste introduit l’érotisme dans la rigueur du concret et dresse un inventaire des postures sexuelles à l’aide de formes simples : rectangles et carrés. Il détourne le vocabulaire austère de l’abstraction systématique en lui insufflant une dimension volontairement irrévérencieuse. Derrière les grands monochromes blancs, « les figures géométriques se trouvent défigurées par la figuration anthropomorphe tendance pornographique » comme Morellet l’écrit à l’époque.
"La pipe (la géometrie dans les spasmes)", 1986 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
"Néon abscon", 1968-1995 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
En jouant avec les éléments fondamentaux du vocabulaire de l’abstraction, ses compositions deviennent les acteurs d’une chorégraphie ambiguë. La géométrie semble soudain animée d’une tension corporelle : les formes se croisent, s’imbriquent ou se chevauchent, À la missionnaire, En 69, Par derrière ou En levrette, évoquant moins la perfection mathématique que le mouvement du désir. La grille, longtemps symbole d’ordre et de rationalité dans l’abstraction moderne, se transforme ici en théâtre discret d’une énergie charnelle, quand l’artiste utilise des éléments de son anatomie pour former des lignes et des carrés.
Ces Figures hâtives empruntent avec humour aux anthropométries d’Yves Klein défigurant cette fois « les empreintes figuratives » par « les figures géométriques qu’elles créent ».
"69 (la géometrie dans les spasmes)", 1986 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
"À croupeton (la géometrie dans les spasmes)", 1986 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
Présentée pour la première fois au Consortium à Dijon en 1986, puis à la Galerie Facchetti à New York l’année suivante, la série d’œuvres monumentales, qui donne son titre à l’exposition, intervient à un moment charnière de sa carrière : celui de sa reconnaissance institutionnelle, marquée par une rétrospective du Musée national d’art moderne - Centre Pompidou. En réponse à cette consécration, Morellet joue la provocation — comme pour rappeler qu’il reste « le fils monstrueux de Mondrian et de Picabia », ce dernier empruntant ses modèles dans les revues érotiques et pornographiques des années 1930.
Après l’abstraction lyrique, géométrique, concrète, optique et cinétique, Morellet inventait l’abstraction classée X.
- Christian Alandete, commissaire de l'exposition
"Par derrière à trois", 1987"Néon abscon", 1968-1995 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
"La brouette", 1987"Néon abscon", 1968-1995 de François MORELLET - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MENNOUR © Photo Éric SIMON
François MORELLET (1926 – 2016), artiste autodidacte prolifique, a développé, avec ses peintures, sculptures et installations, une approche radicale de l’abstraction géométrique au cours d’une carrière qui s’étend sur plus de six décennies.
Travaillant principalement avec des formes géométriques de base, Morellet s’est engagé dans une méthodologie d’objectivité rigoureuse et de détachement personnel en utilisant de multiples matériaux dans ses œuvres (acier, tubes néon, ruban adhésif, grillage, bois…). Il entend contrôler le processus de création et démystifier la mythologie romantique de l’art et de l’artiste inspiré, en justifiant chacun de ses choix par un principe établi au préalable, qui peut d’ailleurs aller jusqu’à faire intervenir le hasard dans certaines composantes de l’œuvre.
L’espièglerie et l’humour de Morellet se révèlent également dans les titres de ses œuvres, qui contiennent souvent des jeux de mots, des parodies ou des mots-valises.
Né à Cholet, en France, où il a vécu et travaillé toute sa vie, Morellet a étudié le russe à l’école des langues orientales à Paris avant de retourner diriger l’usine de jouets familiale jusqu’en 1975. Cette activité lui a permis d’acquérir une indépendance financière tout en le familiarisant avec les outillages et les techniques de production qui ont influencé sa pratique.
Galerie MENNOUR
6, rue du Pont de Lodi
75006 Paris
Jours et horaires d’ouverture : du Mardi au Samedi de 11h00 à 19h00.
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