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L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS ET DES FOIRES INTERNATIONALES D'ART CONTEMPORAIN À PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE. EXHIBITION IN PARIS

16 Oct

Romain BERNINI « The Stargazers »

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Peinture Contemporaine

Détail  "La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

Détail "La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

Du 5 septembre au 31 octobre 2026

 

 

 

 

FOVÉA

Une image peinte ?

C’est de la matière, ça a été de l’énergie — des mouvements, des gestes, l’acte même de peindre… Est-ce que c’est de l’information ? Est-ce que ce n’est plus que de l’information ?

Tôt ou tard encodée, encodable, scriptable et réductible à une sorte de texte sous-jacent, une série d’impulsions électriques permettant de transmettre et de reproduire sa description apparemment immatérielle.

 

 

De l’image peinte, qu’est-ce qui résiste à sa dématérialisation ?

Je regarde un long moment les images de Romain Bernini. Peu à peu l’information lumineuse venue s’inscrire sur la surface sensible de mon globe oculaire se décompose, se répartit entre les millions de cônes, de bâtonnets qui cassent en autant de morceaux l’image, la transforment en signal, remonté jusqu’au système cérébral, où l’image acquiert la forme abstraite de signe.

 

"The Nightwatchers", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"The Nightwatchers", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Le Spectacle", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Le Spectacle", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

L’image devient : visage vu de près, barbe, cheveux, les yeux ombrés, les traits reconnaissables. C’est lui-même, Romain, qui s’est peint.

Mais une Intelligence Artificielle pourrait tout aussi bien, par un mécanisme inversé et simplifié, transformer cet embryon de prompt, ces signes en signaux électriques, fin de recoller les morceaux, de recomposer, de rematérialiser cette image-là.

 

 

 

Perception dans un sens, technique dans l’autre : voilà l’image fragile de Romain Bernini défaite, brisée, réduite à des signes, du sens, de l’information. Je dis, je décris : voilà maintenant un garçon qui marche en équilibre, les bras levés. Je caractérise les couleurs, les coulures, les jaunes, les roses et le bleuté crépusculaire, je prompte la montagne, la Lune, le soleil, les arbres, j’en tire un style et c’est ainsi, c’est fini — tout a été réduit.

Pourtant, ça résiste.

 

Il me semble même que toute la peinture de Romain Bernini tient à cette force de résistance-là, une force mélancolique.

 

"Dignity", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Dignity", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Them V", 2026"La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Them V", 2026"La Voix des Anciens", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Her", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Her", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

Comment résister, et à quoi ?

Lorsque l’information lumineuse parvient au contact de la rétine, il existe un point, dans la zone centrale de la macula, où se concentre la majeure partie des cônes, où l’angle de vision est restreint à l’extrême — un degré à peine —, un point où l’intensité de la vision est portée à son maximum.

 

 

 

C’est ici que la résolution, l’acuité, le détail de ce qui est vu sont au plus fort. La vision est réduite mais aiguë, dans cette zone ultra-vascularisée. On l’appelle la « fovéa ». Le terme provient du mot latin qui désigne un creux, une fosse. Et la fovéa, en effet, correspond à une légère dépression de la rétine.

 

 

 

Dans ce renfoncement-là, qui est comme le foyer de l’image rétinienne, la perception visuelle humaine se densifie. C’est une zone minuscule et fragile, mais où la vision s’enflamme presque d’hypersensibilité aux couleurs. Je continue de contempler les images peintes de Romain Bernini, et je me demande si je ne suis pas en train de découvrir sur la toile le creux secret de ma rétine, ou de la sienne.

 

"Sans titre", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Sans titre", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Albatros", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Albatros", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Love Lettter", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Love Lettter", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

Ce foyer optique, foyer du feu qui semble brûler certaines peintures de Romain, concentre les lumières d’une scène, avant que ses variations n’excitent les récepteurs. Très bientôt ils en feront un signal, un code, un signe, et de la pensée. Voilà le dernier lieu, le dernier moment où l’image est matérielle. Elle y est encore lumineuse plutôt qu’électrique. Elle s’y présente comme de l’énergie plutôt que de l’information.

 

 

 

 

Là, dans cette fovéa — qui évoque aussi les teintes fauves et le fauvisme original de Romain Bernini — un détail, une figure précise arrachée à l’imagination ou au souvenir, innerve alentour des formes vagues… En fixant avec attention les images de Romain, j’ai l’impression physique, un bref instant, de découvrir au creux de la toile le foyer d’une vision, juste avant l’encodage et la cérébralisation, un bref éclat optique arraché à l’œil, avant la pensée et après la pure sensation. Une sorte de forme fauve, en effet.

 

"Sans titre", 2026 de Romain BERNINI  - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Sans titre", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Autoportrait", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

"Autoportrait", 2026 de Romain BERNINI - Courtesy de l'artiste et de la Galerie Suzanne TARASIEVE - Paris © Photo Éric SIMON

Sur le gué, comme au dernier instant de leur vie lumineuse, avant de devenir des signes, voilà ces bribes, ces fulgurances : ramage végétal ou déval rocheux, foule déjà floue, vision d’une vision de Spillaert… Des fragments de mélodie visuelle aux tons aigus, qui percent presque la rétine, piquent comme une aiguille le cœur de l’œil.

 

 

Une guêpe morte, dans un halo bleu… Soleil rouge, soleil jaune, lune verte. Le garçon vu de dos, qui regarde hors champ.

De ce ballet d’images on devine des liens, des attachements secrets. Mais il n’y a pas besoin de les dire, de les signifier.

Peu importe. Corps, paysages, moments passés, intensités volées au quotidien d’un œil, d’un homme, lui, moi, nous… Qui sait ?

 

Je regarde de nouveau cette image d’un visage plein cadre, j’y vois un autoportrait rétinien, la résistance fugitive, frêle et tenace de sa peinture à une dissolution dans le flot des sensations ordinaires, à sa décomposition dans le flux des signaux technologiques, à son évaporation dans un monde de signes abstraits.

 

Et l’image peinte, un instant, me fixe comme une fovéa.

 

- Tristan Garcia

 

 

Galerie Suzanne TARASIEVE PARIS

7, rue Pastourelle

 75003 Paris

 

 

 

 

https://www.suzanne-tarasieve.com/

 

 

 

 

Jours et horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 11h à 19h.

 

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