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L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS ET DES FOIRES INTERNATIONALES D'ART CONTEMPORAIN À PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE. EXHIBITION IN PARIS

20 May

SOULAGES-HARTUNG : Affinités électives

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Peinture Contemporaine, #Expo Artiste du XXème Siècle

Pierre Soulages and Hans Hartung, December 1987, Antibes. Photograph by André Villers.© Hartung & Soulages / ADAGP, Paris 2026. Archives of the Fondation Hartung-Bergman.

Pierre Soulages and Hans Hartung, December 1987, Antibes. Photograph by André Villers.© Hartung & Soulages / ADAGP, Paris 2026. Archives of the Fondation Hartung-Bergman.

Du 25 avril au 30 mai 2026

 

 

 

 

« Nous étions des marginaux » : c’est ainsi que Pierre Soulages (1919-2022) décrit sa génération d’artistes après-guerre, dans un entretien inédit consacré à son amitié avec Hans Hartung (1904- 1989), que la galerie Perrotin diffuse ici pour la première fois. Ce document vidéo de la Fondation Hartung-Bergman, accompagné de nombreuses archives (lettres, photographies, carnets…), constitue le point de départ d’une exposition qui met en parallèle les deux peintres à travers une sélection d’oeuvres, mais également d’outils exceptionnellement sortis de leurs ateliers.

 

 

 

Soulages et Hartung furent aimantés par les atmosphères méditerranéennes où ils ont bâti, respectivement à Sète et Antibes, des espaces de création permettant le renouvellement constant de leur inventivité et des expérimentations toujours plus poussées. Ils n’ont cessé de converser, de s’entraider, de se stimuler l’un l’autre, de s’échanger des cadeaux aussi, à l’image du magnifique Brou de noix que Soulages offre à Hartung en 1948 (contre deux dessins) et qui est prêté à la galerie pour l’occasion.

 

 

"Brou de noix sur papier 100 x 75 cm", 1948 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"Brou de noix sur papier 100 x 75 cm", 1948 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

Entre les deux peintres, il y a de nombreuses préoccupations communes, parfois méconnues. Dans les années 1940-1950, poussés par des galeristes femmes audacieuses (Lydia Conti, Myriam Prévot), ils se font connaître avec un vocabulaire de lignes et de masses émancipé des canons géométriques, qui leur vaut d’être très vite identifiés comme chefs de file d’une nouvelle école abstraite, mais aussi de susciter de vives inimitiés.

 

 

 

En 1955, la plume réactionnaire de Waldemar George affirme par exemple : « Hartung et Soulages semblent tourner dans le cercle infernal d’un art satanique et apocalyptique ». Ils partagent des recherches sur le sacré, l’intériorité, ainsi qu’un rapport complexe avec la scène américaine. À la galerie Perrotin, en plus de pouvoir observer leur rapport au clair-obscur et à la lumière émanant de l’ombre, on découvrira leur utilisation moins connue du bleu dans les années 1980.

 

 

"Peinture 81X100cm, 1946", 1946 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"Peinture 81X100cm, 1946", 1946 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

Le destin des deux peintres est marqué par un écart de 15 ans et des origines différentes. Hartung est, à la Libération, un Allemand naturalisé français après avoir combattu le nazisme ; Soulages, un jeune Aveyronnais au caractère engagé et frondeur. Il existe aussi quelques contrastes manifestes au coeur de leurs convergences.

 

 

 

À la gestualité explosive et centrifuge de Hartung répond une structuration beaucoup plus soutenue et déterminée chez Soulages. Cette exposition raconte donc quelques-uns des échos, des parallèles et des écarts qui construisent la relation des deux camarades ; elle se veut une amorce surprenante et féconde, alors qu’on célébrera en 2027 les 80 ans de leur rencontre au Salon des Surindépendants, à la fois au musée Soulages à Rodez et à la Fondation Hartung- Bergman à Antibes.

 

"Brou de noix sur papier 64,5X49,8", 1948 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"Brou de noix sur papier 64,5X49,8", 1948 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

Un foisonnement archivistique, témoignage de 40 ans d’amitié

 

La Fondation Hartung-Bergman conserve un ensemble substantiel d’archives (correspondances, photographies, agendas…) qui documente les échanges entre Hans Hartung et Pierre Soulages, ainsi que leur entourage intime et amical : Colette Soulages, Roberta González, Anna-Eva Bergman...

 

 

Un récit de Hartung, livré dans son autobiographie, éclaire de manière vivante la nature de leurs dialogues à la fin des années 1940, quand s’opposaient et se répondaient leurs références respectives : Rembrandt, Goya, Van Gogh, Munch et l’expressionnisme allemand pour lui ; l’art roman et les formes mégalithiques pour Soulages. Les deux artistes sont d’abord associés à la galerie de Lydia Conti, avant de rejoindre la Galerie de France animée par Myriam Prévot, jouant un rôle déterminant dans leur reconnaissance. L’abondance des cartes postales, en particulier celles envoyées par Pierre et Colette Soulages à Hartung et Bergman, témoigne d’une affection soutenue, et toujours nourrie d’images, de voyages et de références culturelles partagées.

 

 

"Peinture 202X125cm, 19 juin 2017", 2017 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"Peinture 202X125cm, 19 juin 2017", 2017 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"T1980-R25", 1980 de Hans HARTUNG - Courtesy of the Fondation Hartung-Bergman  et la Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"T1980-R25", 1980 de Hans HARTUNG - Courtesy of the Fondation Hartung-Bergman et la Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

En Allemagne, le médecin et collectionneur Ottomar Domnick a contribué à leur diffusion en présentant leurs œuvres dans plusieurs manifestations publiques entre 1948 et 1949, dans un contexte de reconstruction marqué par la dénazification. Mais leur reconnaissance n’a pas été sans résistance : la critique peut se montrer virulente, à l’image de Waldemar George qui écrit en 1955 qu’ils « semblent tourner dans le cercle infernal d’un art satanique et apocalyptique. »

 

 

 

Colette et Pierre Soulages seront d’une fidélité exemplaire envers Hartung, continuant de lui rendre visite dans sa maison alors que sa santé diminue et qu’il pleure la mort d’Anna-Eva Bergman en 1987.

Pierre Soulages fête même à Antibes ses 68 ans.

 

 

"Peinture182X181cm, 2 octobre 2019",  2019 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"Peinture182X181cm, 2 octobre 2019", 2019 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

" T1982-H43", 1982 de Hans HARTUNG - Courtesy of the Fondation Hartung-Bergman  et la Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

" T1982-H43", 1982 de Hans HARTUNG - Courtesy of the Fondation Hartung-Bergman et la Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

La question technique, et le dépassement des moyens traditionnels, s’impose très tôt au cœur des pratiques de Pierre Soulages et de Hans Hartung. Dès 1947, Soulages recourt à des instruments issus du monde artisanal (pinceaux de peintres en bâtiment, grattoirs de menuisier) et s’approvisionne notamment chez Adam, fournisseur parisien où il trouve par exemple des racloirs de tanneurs ou des couteaux d’apiculteurs. Toute sa vie, il explore la diversité des moyens de production.

 

 

 

Chez Hartung, l’expansion des dispositifs et de son équipement intervient plus tardivement, à la fin des années 1950, et connaît alors une inventivité sans limite. Il va multiplier les procédés en détournant ou en fabriquant d’innombrables outils. Il utilise notamment des pistolets de carrossier pour pulvériser la peinture, plus tard des sulfateuses, tout en concevant des pinceaux géants faits de branchages de son jardin montés sur de longs manches.

 

Chose exceptionnelle : un florilège d’outils est ici sorti des ateliers et exposé côte à côte.

 

 

"16 mai 1987", 1987 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"16 mai 1987", 1987 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

Recours et retour au bleu

 

Hans Hartung a constamment exploré le bleu, dans une gamme très étendue de valeurs. Dans les estampes des années 1970, il en avait travaillé plutôt la profondeur, aux limites du noir. Mais, entre 1980 et 1984, alors qu’il est à Antibes, cette recherche se déplace largement vers des tonalités beaucoup plus claires (bleus ciel, azurin, parfois verdissants) où l’on devine sans peine les effets de la lumière méditerranéenne. Ces variations introduisent un climat ouvert et apaisé, irénique voire édénique.

 

 

 

En avril 1986, le bleu fait une sorte d’effraction soudaine dans l’œuvre de Soulages – un « accident », dit-il. L’artiste lui-même en situe l’origine dans une expérience survenue à Sète : une toile noire, exposée à certains reflets marins, semble se teinter de bleu, s’en « vêtir », selon ses mots, sans qu’aucun pigment n’ait été ajouté. Il va donc faire entrer le bleu outremer dans ses Outrenoirs, et en obtenir la révélation par raclage de la couche noire en surface.

 

 

Il est intéressant de noter que le rapport entre le noir et le bleu est à peu près inversé chez Hartung et Soulages. Le premier propose de grands fonds sur lesquels des touches sombres obtenues par l’utilisation de pinceaux géants suggèrent des traînées et des tourbillons épars ; le second révèle des espaces ténus d’outremer sous d’amples nappes structurées.

 

 

"peinture 130X130cm, 4 mars 1991", 1991 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

"peinture 130X130cm, 4 mars 1991", 1991 de Pierre SOULAGES - Courtesy des ayants droit et Galerie PERROTIN © Photo Éric SIMON

Les voies intérieures du clair-obscur

 

L’extraordinaire travail que Pierre Soulages a mené autour du noir et de la relation entre obscurité et lumière a suscité une telle abondance d’expositions et de commentaires qu’il devient difficile d’ouvrir sur ce point des perspectives entièrement neuves. L’une des pistes possibles consiste dès lors à établir des rapprochements avec d’autres artistes, même si aucun n’a porté cette interrogation plastique avec la même souveraineté. Immense admirateur de Rembrandt, Hartung lui-même déclarait pourtant : « J’aime le noir. C’est sans doute ma couleur préférée », de sorte que le parallèle est loin d’être dépourvu de pertinence.

 

 

Chez lui, toutefois, le noir ne tend pas vers la même forme d’absolu. Hartung paraît se défier d’une réduction trop poussée, comme s’il se tenait en retrait d’une ascèse extrême, soit que le champ fût déjà magistralement occupé par son ami Soulages, soit qu’un goût trop vif pour les modulations chromatiques l’ait toujours détourné d’une telle concentration. De fait, même dans les œuvres où domine les déclinaisons les plus sombres, affleurent souvent, avec discrétion, des bleus, des verts, des gris...

 

 

La confrontation des deux artistes fait ainsi apparaître à la fois une profonde parenté et un écart décisif. Mais leur lien le plus fort est peut-être ailleurs, sur un plan philosophique, voire métaphysique. L’un et l’autre furent particulièrement attentifs à la notion d’ « intériorité ». C’est elle, au fond, qui donne sa véritable profondeur à leurs régimes respectifs du clair-obscur, en dépit des différences très nettes qui séparent leurs moyens et leurs œuvres.

 

 

 

Galerie PERROTIN

76 rue de Turenne

75003 Paris

 

 

 

 

https://www.perrotin.com

 

 

 

 

Jours et horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 10h à 18h.

 

 

 

 

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