Vincent FOURNIER « FLORA INCOGNITA - RUINES CIRCULAIRES »
"Ruines circulaires, Claude-Nicolas Ledoux, Parallèle IV", 2020-2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
Du 16 avril au 30 mai 2026
Prolongation jusqu'au 18 juin 2026
Vincent Fournier, le mystère de Flora in cognita
Tous les enfants du monde connaissent Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Lorsque Vincent Fournier était lui-même enfant au Burkina Fasso, en Afrique, il écoutait le disque vinyle du célèbre conte dans lequel le Petit Prince découvre les formes de vie. Malheureusement, une partie du disque était rayé, et jamais il ne pu entendre correctement le chapitre consacré à la rencontre entre le héros et la fleur. Il ne pouvait alors qu’imaginer à quoi ressemblait la rose qui venait d’éclore sur la planète lointaine qu’explorait le Petit Prince.
"Lucens Borealis (Aurius-7c)", 2022 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Iris fulgoris (Primat sidera)", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Arcanum ferrata (Albedo-186f)", 2023 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Leucothamnus aurorae (Magnetis-9e)", 2025 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
Tout a commencé ainsi, par le besoin d’imaginer ce que les fleurs seraient si elles poussaient sur des planètes lointaines, soumises à des conditions climatiques différentes de celles que nous connaissons sur notre Terre. Une fois adulte, Vincent Fournier relut avec attention le chapitre 8 du conte de Saint Exupéry. Il s’aperçut qu’il avait transformé l’histoire dans son esprit. Les difficultés que la rose rencontrait face aux vents, et le soin que le Petit Prince avait pris en l’entourant d’un paravent, n’étaient pas l’histoire qu’il s’était inventé. Qu’avait alors imaginé l’enfant ?
Que le héros avait laissé les vents puissants de la planète souffler sur la rose, et qu’elle s’était métamorphosée en une espèce inconnue.
Toutes les fleurs de l’herbier imaginaire de Vincent Fournier sont nées de cette interprétation enfantine. Comme dans Le Petit Prince, l’artiste semble venir d’un astéroïde et nous emmène dans sa découverte du monde. Dans le chapitre 15, le Petit Prince rencontre le Géographe. Il lui apprend que la fleur est éphémère, qu’elle ne résistera pas au temps, l’enfant regrette alors de l’avoir abandonnée. L’artiste est celui qui a su vaincre ce regret en inventant une collection de fleurs immortelles.
"Kalanchoe filamentis [Arcana-8x]", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Tulipifera doppleris [Primat sidera]", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Aulnaria cometalis [Primat sidera]", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Antirrhinum chordis (Primat sidera)", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
Tout peut arriver aux fleurs de Vincent Fournier. Grâce aux savants qu’il consulte, il leur impose des conditions extrêmes comme il peut s’en produire sur les exoplanètes : un monde de chaleurs et de vents puissants, de pressions atmosphériques, de courants magnétiques et de forces gravitationnelles....À partir de spécimens trouvés sur la planète Terre, l’artiste anticipe ainsi en image des éclosions éternelles.
Une collection n’existe que par la pièce qui lui manque. Vincent Fournier continue ainsi d’inventer des fleurs possibles. Mais seule la fleur inconnue qu’il imagina en écoutant Le Petit Prince, reste la véritable Flora Incognita.
- Michel Poivert
"Gossypium magnetica (Orpheus 57a)", 2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
"Ruines circulaires, Claude-Nicolas Ledoux, Parallèle II", 2020-2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
Ruines circulaires
Les photographies ont quelque chose de primitif. Comme si elles avaient été enregistrées avec un sténopé (une boite noire percée d’un trou et sans lentille donc). Mais elles ont tout aussi bien quelque chose de high tech, comme le serait une image algorithmique.
Un cycle. Voilà ce qu’évoque Ruines circulaires. Ce titre emprunté à la nouvelle de Jorge Luis Borges, regroupe les photographies réalisées par Vincent Fournier à partir des maquettes de l’architecte utopiste du 18e siècle, Claude-Nicolas Ledoux. Elles n’ont pourtant rien de ruines, à moins que l’obsolescence ne touche pas ici les formes mais l’esprit.
Car une certaine idée traverse ce corpus quelque peu spectral : les architectes des Lumières renouvelaient le rêve des cités idéales, et voilà que leurs projections sont réduites à l’échelle de maquettes. Qui plus est des maquettes tremblées, par le choix d’une prise de vue éclairée par une source munie d’une lentille de Fresnel - ce savant qui équipa les phares au début du 19e siècle. C’est amusant, de se dire que Vincent Fournier projette ainsi un siècle sur un autre.
"Ruines circulaires, Claude-Nicolas Ledoux, Parallèle III", 2020-2026 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION © Photo Éric SIMON
L’artiste aime l’idée qu’une préhistoire du futur gît dans cette époque des Lumières. Amateur de récit d’anticipation, il a développé un instinct dyschronique. Sans mélange des temps rien ne semble avoir de saveur. Il s’y emploie donc ici, hybridant le monument et le pavillon, l’atmosphère du dessin et celui du jeu vidéo.
Pourquoi associer la maquette et son caractère natif et l’idée de ruine ? Pour établir un cour-circuit. Tenir les deux bouts de la chaine : l’époque qui inventa la culture du futur et la notre, qui en perçoit la fin. Franco Berardi dans After the Future (2011) nous explique que l’idée de futur s’est évanouie, et qu’elle ne pourra plus opérer que de manière récursive.
Les Ruines circulaires de Vincent Fournier sont des métaphores de cette capsule temporelle qu’est devenue le futur. Son penchant pour l’entropie, ce goût du désordre des temps, se solde par un silence optique. Celui qui règne dans les labyrinthes dont les maquettes seraient le centre invisible.
- Michel Poivert
Galerie RABOUAN MOUSSION
11 rue Pastourelle
Fr-75003 paris
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Jours et Horaires d'ouverture: du mardi au samedi de 12h à 19h.
Vincent FOURNIER "DYSNOMIA" - ACTUART by Eric SIMON
Détail "National Congress of Brazil #2", 2012 de Vincent FOURNIER - Courtesy de l'artiste et de la Galerie RABOUAN MOUSSION - Paris © Photo Éric Simon Du 16 mars au 27 avril 2024 Prolongation ...
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