Lawrence ABU HAMDAN « Overdub »
Détail (Quatre spectrogrammes imprimés en 3D, structures en bois rétroéclairées) "Waterfalls (India, Haiti, Philippines, Pakistan)", 2026 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
Du 14 mars au 4 mai 2026
Dans l'exposition Overdub, Lawrence Abu Hamdan présente une série de matérialisations sculpturales et sonores qui explorent les implications politiques du son et étudient les traces de ce qui a été délibérément occulté.
L'exposition fonctionne comme un laboratoire où le son devient une preuve tangible, révélant les mécaniques de l'effacement — qu'il s'agisse d'un accent gommé par une intelligence artificielle, d'un foyer réduit en poussière, d'un territoire dénaturé ou d'un témoin réduit au silence. À travers l'utilisation de spectrographes imprimés en 3D, d'échographies, ou de télévisions cathodiques,
Abu Hamdan examine tout ce qui a été « réécrit », pour s'assurer que les réalités supprimées ne disparaissent pas totalement de notre champ de perception.
"Pink Floyd", 2019 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
Le parcours débute avec l'œuvre Pink Floyd qui confronte les frontières physiques et acoustiques.
Ce diptyque, conçu pour être lu de droite à gauche, visualise les fréquences d'un son avant et après son passage à travers un mur de plâtre.
En révélant comment l'architecture filtre le spectre sonore et quelles fréquences traversent la paroi, l'œuvre offre une reformulation de la notion occulo-centrée de l'espace privé. Alors que les limites visuelles — les murs — servent traditionnellement à délimiter la propriété entre les individus, l'écoute démontre que cee séparation est en réalité poreuse et instable.
(Quatre spectrogrammes imprimés en 3D, structures en bois rétroéclairées) "Waterfalls (India, Haiti, Philippines, Pakistan)", 2026 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
L'installation Waterfalls, réalisée avec le collectif d'investigation sonore Earshot*, explore une technologie d'IA émergente utilisée par les centres d'appels pour modifier les voix des employés en temps réel. Ce dispositif vise à neutraliser les accents des agents offshore afin de masquer leur origine géographique et produire une « voix sans lieu », répondant ainsi à la logique économique de l'externalisation et à la xénophonie (la peur ou l'aversion irrationnelle envers les voix aux sonorités différentes) des clients du Nord global.
L'œuvre prend la forme de quatre spectrogrammes imprimés en 3D représentant différents dialectes (de gauche à droite : Inde, Haïti, Philippines, Pakistan). En utilisant une technique visuelle appelée « waterfalls » (cascades), le son est transformé en relief topographique, faisant de l'accent un véritable paysage physique. La lumière placée en dessous révèle comment l'IA altère ce terrain : là où la lumière traverse la résine, on entend la voix originale non transformée de l'employé, tandis que les zones sombres révèlent le signal vocal synthétique généré artificiellement.
"Echographs of Tel al-Sultan", 2026 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
Echography of Tel Al-Sultan utilise l'étude acoustique comme preuve politique. Depuis octobre 2023, Abu Hamdan et ses collègues d'Earshot écoutent attentivement les incidents et les victimes à Gaza et dans la région. Lors de cette enquête, ils ont pu constater que le son même de ce territoire avait fondamentalement changé.
L'échographie est une technique plus communément associée aux examens prénataux pour voir l'intérieur de l'utérus. Dans ces clichés, toute surface dure produisant un écho apparaît en blanc ; toute surface plus molle absorbant et réfractant le son apparaît en gris ; et toute zone traversée librement par le son apparaît en noir. Ici, le processus échographique n'est pas appliqué pour observer la formation de la vie, mais pour mesurer son effacement. Il est appliqué au paysage du quartier de Tel Al-Sultan, passé d'une communauté rurale en 2023 à une zone dévastée en 2025. Face à la circulation difficile des images provenant des zones de guerre, ces échographies « avant-après » tentent d'expérimenter de nouvelles techniques pour rendre sensible l'impact des conflits sur les infrastructures et les populations civiles.
"Echographs of Tel al-Sultan", 2026 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
"Tilting at Windmills (I-III)", 2024 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
Cette guerre de territoire trouve un écho dans la série consacrée au Golan syrien, intitulée Tilting at Windmills. En 2023, des troubles politiques ont éclaté sur le plateau du Golan, à une échelle inédite depuis plus de 40 ans. Le point central de ce mouvement de protestation était le projet de construction de 31 éoliennes géantes au sein d'un village jawlani, une communauté rurale implantée dans la région.
Bien que les réglementations européennes stipulent qu'une éolienne de cette taille doit se trouver à au moins 2 kilomètres des habitations, ce projet prévoit des turbines à seulement 35 mètres des maisons, provoquant une nuisance sonore insupportable qui forcera de fait les habitants à quitter leurs terres. Cette œuvre tente de visualiser la turbulence sonore créée par les éoliennes et montre l'espace acoustique qu'elles occupent ainsi que la propagation de leur bruit dans le paysage.
"Wind Ensemble", 2024 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
L'œuvre Wind Ensemble fait partie de ce même corpus étudiant l'impact social de la pollution sonore des éoliennes. Cette installation audiovisuelle documente une performance du saxophoniste jawlani, Amr Mdah, retentissant depuis le balcon d'une ferme, l'une des 1300 habitations qui seront bientôt rendues invivables par le vacarme des turbines. Ici, la maison projetée sur la maille d'un immense amplificateur de basse devient la scène d'un acte d'autodétermination sonore ; principe selon lequel, sur votre terre, vous décidez du bruit que vous faites, du bruit que vous permettez et des sons qui définissent votre identité.
L'exposition se conclut par l'effacement du témoin lui-même avec Planned Obsolescence. Depuis quelques années, Lawrence Abu Hamdan et Earshot ont observé une tendance troublante : contrairement aux conflits passés documentés à distance, les caméras et les journalistes sont désormais la cible directe des attaques.
"Planned Obsolescence", 2025 de Lawrence ABU HAMDAN - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MOR CHARPENTIER © Photo Éric SIMON
L'œuvre présente les ultimes images captées par ces appareils avant leur destruction. Le titre fait écho aux pratiques des fabricants d'appareils technologiques qui planifient systématiquement l'obsolescence de leurs produits pour maintenir le cycle de surconsommation.
Les images fixes sont diffusées sur des télévisions cathodiques, du matériel ayant survécu à son obsolescence programmée et fonctionnant toujours malgré son caractère dépassé. Ainsi, ces images mettent en contradiction un média au sommet de sa nécessité vitale, menacé d'extinction, avec des appareils de diffusion qui, bien qu'indésirables, restent curieusement en vie. L'œuvre est un hommage à la résistance de la libre information contre les forces de l'effacement.
* Fondée par Lawrence Abu Hamdan, Earshot est une ONG britannique qui utilise le son comme outil de défense des droits humains en réalisant des enquêtes acoustiques au service des populations victimes d'injustices sociales, politiques et environnementales.
Galerie MOR CHARPENTIER
18 rue des Quatre Fils
75003 Paris
https://www.mor-charpentier.com/fr/
Jours et horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 11h à 19h.
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