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L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS ET DES FOIRES INTERNATIONALES D'ART CONTEMPORAIN À PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE. EXHIBITION IN PARIS

09 Jul

Hassan MUSA « AMERICAN WAY OF LIFE AND DEATH »

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Peinture Contemporaine, #Expo Textile Contemporain

Détail "A good American is a dead American 4 (Sitting Bull)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

Détail "A good American is a dead American 4 (Sitting Bull)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

Du 30 mai au 21 juillet 2026

 

 

 

 

Faire l’indien sans y perdre des plumes

 

Il existe en langue anglaise un terme très particulier, et qui n’a pas véritablement d’équivalent en français : « blank » ; on en trouve néanmoins la trace dans les expressions francophones « blanc-seing » ou « chèque en blanc ». Au sein du système médiatique passé et présent, perdure tout particulièrement ce principe de « blankitude » : être là, mais ne rien figurer de plus qu’une pure surface, qu’un pur écran tout à la fois opaque et transparent, et sur lequel d’autres vont pouvoir ainsi projeter leurs pouvoirs, leurs histoires, leurs désirs ou leurs fantasmes. Autrement dit : deux formes opposées mais complémentaires d’invisibilisation : l’effacement et/ou la surexposition.

 

 

"A good American is a dead American 4 (Sitting Bull)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"A good American is a dead American 4 (Sitting Bull)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

L’exposition actuelle à la galerie Maïa Muller d’Hassan Musa, artiste soudanais vivant en France, n’est pas étrangère à cette notion. Intitulée « American Way of Life and Death – titre qui n’est pas sans rappeler la démarche d’un Andy Warhol ou d’un Richard Avedon –, il souhaité en effet montrer pour la première fois une suite de portraits de figures iconiques américaines dont l’image est devenue si célèbre et célébrée qu’elle a fini par oblitérer leur nature même d’être humain, voir la vie qu’ils/elles ont vécue au profit d’un storytelling écrit sur eux, à travers eux, mais sans eux.

 

 

 

Andy Warhol ne professait-il pas : « La notoriété, c’est comme manger des cacahuètes : quand on commence on ne peut plus s’arrêter » ; les cueilleurs de gousses d’arachides apprécieront…

 

"A good American is a dead American 5 (Geronimo)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"A good American is a dead American 5 (Geronimo)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

L’artiste avoue lui-même : « Je me souviens que, quand j’étais enfant, j’aimais regarder des westerns. Un jour, j’ai entendu dire que “le seul bon Indien est un Indien mort”. Cela m’a choqué à l’époque, car j’aimais bien les Indiens, je les trouvais plus beaux que les cow-boys. Cela m’a aussi intrigué. J’ai découvert plus tard que même le président Roosevelt avait, à un moment donné, fait référence à cette phrase. Cette relation avec les Indiens (Amérindiens) m’a ouvert les yeux sur cette machine capitaliste qui écrase tout ce qui se trouve sur son passage, y compris les Américains d’origine européenne.

 

 

 

 

En fait, si l’on inverse cette phrase en disant “UN BON AMÉRICAIN EST UN AMÉRICAIN MORT”, cela devient choquant, car on ne voit plus les Indiens, on voit les Américains d’origine européenne qui ont dominé l’Amérique. J’ai donc intitulé une série de portraits “UN BON AMÉRICAIN EST UN AMÉRICAIN MORT”. J’ai commencé par Lincoln, puis Martin Luther King, Malcolm X, John Kennedy, avant de représenter les chefs indiens qui ont combattu l’armée américaine. Un homme comme Geronimo, qui a passé sa vie à combattre l’armée américaine, a fini par trouver la mort dans des circonstances très tragiques. En effet, il avait été intégré à un spectacle de cirque américain intitulé “Wild West”.

 

""A good American is a dead American 6 (Che Guevara)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

""A good American is a dead American 6 (Che Guevara)", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"Portrait de Abraham Lincoln", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"Portrait de Abraham Lincoln", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

Dans ce spectacle, Geronimo jouait le rôle de l’Indien. Il était déguisé en “Indien” et jouait ce rôle. Ce faisant, il est devenu une figure allégorique de tous ces gens qui se sont opposés à la machine capitaliste du marché, mais qui ont fini par être écrasés par elle, d’une manière ou d’une autre. Soit tués par des balles comme Sitting Bull, soit simplement tués par la logique du marché. »

 

 

 

 

Un paradoxe cynique qui n’est pas sans rappeler son hommage à Josephine Baker pour lequel l’artiste déconstruisait fil à fil les raisons pour laquelle Baker avait souhaitait incarner sur scène une quasi caricature afin de mieux retourner celle-ci sur elle-même à la manière d’ungant/peau de banane sur lequel venait ensuite glisser le racisme de son public captif.

 

"Portrait Martin Luther King et Malcolm X", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"Portrait Martin Luther King et Malcolm X", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

Les nouvelles peintures sur tissus d’Hassan Musa s’attachent donc, sous une forme volontairement allégorique, à certains de ces « américains morts » pour que le capitalisme américain survive à lui-même, et continue, à lui seul, à produire cette « gloire », ce « triomphe » ou cette « grandeur » de l’Amérique. Et les tissus n’y ont jamais été si vifs et colorés, joyeux et chatoyants, à l’instar de bannières de parade. Pour ma part, elles ne sont pas sans me rappeler le « patchwork des noms » des morts du SIDA, pour lesquels avait détourné la pratique populaire du « quilt » aux États-Unis, afin d’honorer, déjà, la mémoire d’autres « Américains morts » dans l’anonymat, la détresse et la précarité les plus absolus. Aussi, entre document et mise en représentation, devoir de justice et mémoire identitaire, les œuvres monumentales de l’artiste s’affirment-elles comme des célébrations placées sous le registre d’une effervescence de la vie versus une spectacularité de la mort.

 

 

"Monkey market", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

"Monkey market", 2025 de Hassan MUSA - Courtesy de l'artiste et de la Galerie MAÏA MULLER © Photo Éric SIMON

Comme l’affirme Richard Avedon : « Le moment où une émotion ou un fait est transformé en photographie, il cesse d’être un fait pour devenir une opinion. » Chez Hassan Musa le fait y devient, bien sûr, opinion mais, surtout, au cœur d’un monde obsédé par le contrôle des croyances, des comportements et des apparences – cette « blankitude » précédemment évoquée –, l’humain y retrouve allégrement son propre tissu de réel. « Truth, Justice, And A Better Tomorrow » était, en 1952 – soit en pleine Guerre froide –, le slogan des « Aventures de Superman ». Cet idéal de vérité et de justice me semble devoir être plus que présent à nos esprits aujourd’hui, sans que je puisse vraiment savoir si celui d’un « monde meilleur » est toujours efficient.
Qu’importe ! Du moment que puissent advenir, au moins, des lendemains qui chantent.

 

- Marc Donnadieu

 

 

Galerie MAÏA MULLER

31 rue Chapon

75003 Paris

France

 

 

 

http://www.maiamuller.com

 

 

 

 

Jours et horaires d’ouverture : du mercredi au samedi de 14h à 19h.

 

 

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