L'ACTUALITÉ DES EXPOSITIONS D'ART CONTEMPORAIN A PARIS ET EN ÎLE-DE-FRANCE

08 May

Expo Rétrospective: Markus Lüpertz "Une rétrospective"

Publié par Eric SIMON  - Catégories :  #Expo Rétrospective Contemporaine

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Du 17 avril au 19 juillet 2015

 

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente la première rétrospective de Markus Lüpertz en France. L’imagination et la créativité de cet artiste en font une figure majeure de la scène européenne du XXe siècle. Son oeuvre est caractérisée par un constant questionnement de l’art et de la position de l’artiste à travers peintures, sculptures, dessins et poèmes. L’exposition, réunissant près de 140 pièces emblé- matiques, retrace l’ensemble de la carrière de l’artiste, de sa production la plus récente, incluant la série Arcadies (2013) en remontant à ses débuts des années 1960.

Atelier de Berlin 1977 Photo de Benjamin Katz

Atelier de Berlin 1977 Photo de Benjamin Katz

Markus Lüpertz (né en 1941) se met à peindre dans un climat artistique de l’Allemagne d’après-guerre dominé par l'expressionnisme abstrait américain et le pop art. Tout comme A.R Penck, Georg Baselitz ou Jörg Immendorff, il s’émancipe de ces courants pour fonder sa propre voie : une nouvelle peinture réfléchie et guidée par une vision idéalisée loin de la gestuelle ou de l’expressivité.

 

En 1964, la série des « peintures dithyrambiques » (terme emprunté à Nietzsche) permet à Markus Lüpertz de renouer avec la figuration tout en apportant sa contribution person- nelle à l’histoire de l’abstraction : sur des toiles de très grand format, il se livre à une simplifica- tion de la forme et au grossissement du détail lui permettant ainsi d’inventer des formes inédites et frappantes.

Atelier de Cologne 1987 Photo de Benjamin Katz

Atelier de Cologne 1987 Photo de Benjamin Katz

Dès la fin des années 1960, l’artiste multiplie dans ses tableaux de grands formats les références à l’histoire contemporaine avec ses « motifs allemands » dont les casques, qu’il traite avec une forte volonté de distanciation. C’est à partir de 1980 que Lüpertz revisite les figures mythologi- ques, les thèmes antiques et emprunte son iconographie aux maîtres anciens (Poussin, Goya, Courbet…).

Il instaure, plus largement, un dialogue singulier entre la peinture et la sculpture, le figuratif et l’abstrait, le passé et le présent pour une nouvelle lecture de l’histoire de l’art moderne.

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Parcours de l’exposition

Markus Lüpertz naît en 1941 à Liberec, en Bohême (aujourd’hui République tchèque). Après ses études à l'école d'art de Krefeld et à l'académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, il se forme dans le climat artistique de l’Allemagne d’après-guerre, dominé par l'expressionnisme abstrait améri- cain et le pop art. Il s’émancipe rapidement de ces courants et impose une voie très personnelle : une peinture réfléchie, non-gestuelle, fondée sur la mise à l’épreuve permanente de ses limites.

 

En 1964, il commence la série des « peintures dithyrambiques », en référence aux écrits de Nietzsche sur les rites dionysiaques. Partant d’un répertoire de motifs aussi ordinaires qu’une toile de tente, un poteau électrique ou une coquille d’escargot, Markus Lüpertz entreprend, par les moyens de la peinture, un dépassement du motif en exagérant, voire en exaltant, certains principes de la représentation figurative : il se livre à une simplification de la forme et au grossis- sement du détail, jusqu’à faire basculer parfois la figuration dans l’abstraction.

 

Ces premiers « dithyrambes » sont exposés en 1964 à la galerie Großgörschen 35, à Berlin, dont il est le cofon- dateur.

"Odysseus II", 2014 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Odysseus II", 2014 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Ohne titel", 2013 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Ohne titel", 2013 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Dès la fin des années 1960, apparaissent dans son répertoire plusieurs motifs historiquement chargés tels des uniformes, des casques et des casquettes de soldat de l’armée allemande du temps du nazisme. En associant ces motifs dits « allemands » à d’autres objets plus neutres, Markus Lüpertz brouille toute lecture univoque de son travail, le motif étant choisi d’abord en fonction de son potentiel formel.

L’acceptation de la contradiction et la recherche permanente d’une distanciation amènent l’artiste, en 1966, à la publication de son manifeste dithyrambique : « Kunst, die im Wege steht [L’Art qui dérange] ».

Cherchant sans cesse la confrontation entre figuration et abstraction, Lüpertz crée, dès la fin des années 1970, une série qu’il qualifie de « peinture de style ». Le peintre y renonce largement au motif – la forme étant, comme il l’explique, devenue le motif lui-même. Il recourt à des procédés suggérant, dans une sorte de paraphrase picturale, les effets du collage.

"Ohne Titel", 2012 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Ohne Titel", 2012 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

C’est à partir de 1985 que Markus Lüpertz s’intéresse davantage aux grandes figures de l’his- toire de l’art (Poussin, Goya, Courbet, Picasso).

Il revisite en peinture et en sculpture les thèmes de la mythologie grecque. La quête classique d’un équilibre parfait et harmonieux dans la représentation humaine se trouve délibérément rompue par une déformation, voire par une fragmentation du corps. L’usage de la couleur rappro- che son oeuvre des préoccupations baroques.

 

L’exposition réunit ici près de cent quarante oeuvres emblématiques dans un parcours chrono- logique à rebours, de sa production la plus récente à ses débuts. Elle permet de redécouvrir un travail qui instaure un dialogue singulier entre la peinture et la sculpture, le figuratif et l’abstrait, le passé et le présent, offrant ainsi une nouvelle lecture de l’histoire de l’art moderne.

"Ohne Titel", 2013 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Ohne Titel", 2013 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Grâce à la généreuse donation effectuée par Michael Werner en faveur de la Ville de Paris en 2012, le musée d’Art moderne possède aujourd’hui une importante collection de peintures et de sculptures de Markus Lüpertz.

Cette première grande rétrospective française resitue ces oeuvres dans le contexte d’une produc- tion artistique extrêmement riche et originale, réalisée sur plus d’un demi-siècle.

"Mittag", 2009 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Mittag", 2009 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

« Arcardies », 2013-2015

Depuis 2013, Markus Lüpertz se consacre à un ensemble d’oeuvres qui traduit à la fois son intérêt pour les légendes et les figures de la mythologie grecque, et poursuit sa préoccupation constante d’explorer les rapports entre figuration et abstraction.

L'artiste a choisi la vision classique d’Arcadie comme toile de fond pour ces peintures monumen- tales. Dans la poésie bucolique latine et hellénique l'Arcadie figure le pays du bonheur, soit un lieu primitif et idyllique peuplé de bergers vivant en harmonie avec la nature.

 

Lüpertz, quant à lui, rompt délibérément avec la représentation classique de scènes mythologi- ques, en intégrant des corps fragmentés et en ayant recours à une iconographie « à contresens », comme des crânes d'animaux et des casques d'acier, motifs récurrents dans le vocabulaire de l’artiste.

Bien que réuni sur une même « scène », délimitée par un cadre créé par l’artiste, chaque élément y joue son « rôle », indépendamment des autres, sans qu’aucun rapport narratif ne puisse s’établir entre eux. Il arrive aussi très fréquemment, que Lüpertz transpose un motif pictural, tel Ulysse, dans un motif sculpté. Ce faisant, « il lâche les figures dans la réalité », les déplace hors du cadre pour les introduire dans l’environnement corporel du spectateur.

"Nach Goya - shwarzer mann", 2002 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Nach Goya - shwarzer mann", 2002 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Nach Goya - rosa fenster", 2002 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Nach Goya - rosa fenster", 2002 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

« Nus de dos », 2004 -2005

Dans l’oeuvre de Markus Lüpertz le nu masculin apparaît pour la première fois au début des années 1980, lorsque l’artiste, à partir d’une série intitulée « Jambe d’appui – jambe libre », décli- ne les principes du canon antique de la représentation idéale du corps humain. Lüpertz s’intéres- se alors à la notion de contrapposto et à la façon de faire reposer le poids du corps ; tandis que ses « Nus de dos » de 2004-2005,  inspirés entre autres sources par les bas-reliefs « Nu de dos » de Matisse n’ont ni tête, ni pieds et voient leurs bras déconnectés du corps.

Puis, le « Nu de dos » se transforme progressivement en torse. Markus Lüpertz y associe alors des motifs issus d’un répertoire déjà utilisé depuis les années 1960 : notamment la tortue, l’épi de blé, la truelle. Ces objets se trouvent seulement juxtaposés au corps humain et ne rentrent nullement en dialogue avec lui, ni pour créer un récit, ni pour provoquer une émotion.

 

C’est comme si la combinaison d’un nu de dos avec, à chaque fois, un autre objet lui permettait de tester tous les potentiels de ce nu. Selon lui, la répétition n’épuise pas le motif. Bien au contraire : la reprise d’un même motif représente une possibilité d’ouvrir l’oeuvre. Lüpertz explique d’ailleurs que « la répétition est légitime. Et, s’agissant d’une peinture aventureuse, s’exposer de nouveau à l’aventure et en concurrence avec ce qui a précédé représente une mise à l’épreuve de soi-même et de sa propre oeuvre ».

"Rückenakt (nu de dos)", 2006 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Rückenakt (nu de dos)", 2006 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

« Hommes sans femmes. Parsifal », 1993-1997

Comprenant plusieurs centaines d’oeuvres de formats et de techniques très variés, la série « Hommes sans femmes. Parsifal », réalisée entre 1993 et 1997, constitue aujourd‘hui dans l’oeu- vre de Markus Lüpertz un des ensembles les plus conséquents.

Cette série est inspirée de Perceval, figure importante dans la légende arthurienne et personnage central du roman inachevé de Chrétien de Troyes (vers 1180).

Comme l’indique le titre et l’orthographe particulière de « Parsifal », il est probable que Markus Lüpertz se réfère ici plus directement à l’interprétation qu’en a donné Richard Wagner pour son opéra du même titre, créé en 1882 à Bayreuth. Selon Wagner, seule la force de résister à toutes les tentations sensuelles permet à ce « fou au coeur pur » d’arriver au bout de sa mission.

 

Les visages de Parsifal peints par Markus Lüpertz renvoient formellement aux illustrations de têtes d’hommes aux cheveux bouclés et au sourire stylisé tels qu’on les trouve dans les manus- crits médiévaux du xiiie siècle. Leur représentation frontale, ne suggérant aucun volume, est caractérisée par une grande stylisation qui réduit la description des visages aux seules indica- tions des yeux, du nez et de la bouche par de simples traits. En lui superposant une grille de lignes verticales et horizontales, Markus Lüpertz rapproche cette figure de l’ornement, voire de l’abstraction.

"Männer ohne frauen - Parsifal, 1995 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Männer ohne frauen - Parsifal, 1995 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Männer ohne frauen - Parsifal, 1994 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Männer ohne frauen - Parsifal, 1994 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Salieri", 2005 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Salieri", 2005 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Zwischenraumgespenster - Hirte mit Vogel"1986 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Zwischenraumgespenster - Hirte mit Vogel"1986 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Le sourire mycénien, 1985

L’intérêt que Markus Lüpertz porte aux traditions de l'art européen culmine au milieu des années 1980. Les peintures monumentales montrées ici représentent des univers construits d’éléments hétéroclites, libérés de leurs références à la réalité et témoignant d’influences stylistiques différen- tes. Par l’isolement des motifs de leur contexte, Lüpertz crée de nouveaux mondes débarrassés de toute exactitude historique, et confère à la composition des qualités ornementales.

 

Dans Printemps, la figure centrale renvoie au « kouros » archaïque, statue d'un jeune homme caractérisé par ce sourire presque imperceptible, l'un des leitmotive de l'art grec avant le ve siècle av. J.-C.. Pour Lüpertz, la culture grecque a toujours représenté une sorte d’ « achèvement » dans l’art. Fasciné par le thème du sourire mycénien, il confie que « c’est “l’objet” le plus cruel jamais rencontré.

Car c’est le guerrier blessé, mourant, qui sourit. C’est un sourire, c’est ainsi que je le ressens inhu- main, presque surhumain. Un sourire comme un objet. Non pas une expression, mais un objet fascinant qui à la fois m’inquiète et me montre la cruauté divine. Mais il ne s’agit pas d’une cruauté cynique. Il s’agit d’une fatalité. »

"Fünf bilder über das Mykenische Lächen - sommertag", 1985 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Fünf bilder über das Mykenische Lächen - sommertag", 1985 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"11 novembre", 1988 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"11 novembre", 1988 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

La guerre, 1992

Les Quatre peintures sur la guerre : Massacre, Dictature, Théâtre du front, Mort héroïque représentent l’un des cycles le plus sombre que Markus Lüpertz ait jamais peint. Les oeuvres suggèrent par des allusions explicites le basculement dans la barbarie, avec le retour de la guerre en Europe et au Proche-Orient.

Elles ont été créées au moment du déclenchement de la guerre en Ex-Yougoslavie et dans le Golfe. Cependant on n’y trouve aucune allusion directe à ces guerres. L’emploi d’un langage allégorique, et l’association de motifs de violence avec d’autres, librement inventés, indiquent que le thème de la guerre est élevé ici à un niveau universel.

Ce cycle est caractérisé par un coloris dominé par du gris plomb, du noir et du blanc et par des compositions assez simples. Une ligne horizontale rabat toute la scène sur le premier plan dans lequel viennent se retrouver, pris dans un cadrage serré, les motifs qui renvoient directement ou indirectement à la guerre.

"Ganymed", 1985 et en arrière plan "Exécution", 1992 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Ganymed", 1985 et en arrière plan "Exécution", 1992 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

D’après Poussin, 1989 - 1990

À partir des années 1985, Markus Lüpertz s’intéresse davantage aux grandes figures de l’histoire de l’art tels Poussin, Corot, Goya, Courbet. Lorsqu’il recourt à l’utilisation d’un fragment issu d’un tableau ancien, et à sa réinsertion dans un contexte nouveau, le peintre exploite alors le procédé du collage. Ainsi dans le tableau Poussin – Lancer de cerf-volant, 1989, il représente dans une composition de formes semi-abstraites le fragment d’une reproduction découpée. La source est directement inscrite sur le tableau : The Assumption of the Virgin.

 

Souvent, l’artiste s’éloigne de son emprunt pour se rapprocher de l’abstraction. Pour les six versions du Printemps (d’après Poussin), 1989, l’artiste utilise seulement le motif principal du tableau initial – en l'occurrence Adam et Ève. Dans le tableau de Poussin, Ève saisit avec sa main droite le bras d’Adam, lequel est posé sur le genou de sa jambe repliée.

 

Lüpertz isole les trois membres (bras droit d’Ève, bras et jambe gauches d’Adam) de leur contex- te, les sépare par la couleur et en forme une composition semi-abstraite qui rappelle une roue à aubes. Le mouvement est évoqué au centre par une ligne noire en spirale, accentuant par ailleurs l’unité de cette figure composée de fragments corporels.

Sorti de son contexte naturel (le paysage bucolique illusionniste), elle est présentée sur une scène sans perspective tel un tréteau de théâtre et délimitée par un rideau de scène. La couleur et la ligne acquièrent, une nouvelle fois, des qualités abstraites.

"Poussin - Stilleben (nature morte)", 1989 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Poussin - Stilleben (nature morte)", 1989 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Mozart", 2003-2004 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Mozart", 2003-2004 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Millhstrabe", 1981 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Millhstrabe", 1981 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Congo, 1981-1982

Dès 1981, en réponse à l’invitation à l’exposition intitulée « Peinture en Allemagne 1981 » au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Markus Lüpertz crée sur le thème « Congo - Correction du constructivisme » une série spécifique de peintures qui évoque les principes du cubisme.

 

Les sculptures se caractérisent par des arêtes vives, et de fortes ombres portées induisent une grande présence plastique, tandis que la répétition des formes et leur expansion jusqu’aux bords du tableau ramènent le motif vers la surface de la toile. Se produit ainsi une stylisation du motif qui s’approche de l'ornement. surfaces lisses, suggérant tantôt des traits physionomiques, tantôt des formes abstraites. Conçues pour être approchées par différents côtés, elles se proposent à chaque fois comme si elles étaient des sculptures nouvelles.

"Kopf (tête)", 1981 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Kopf (tête)", 1981 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Der fürst gehn auf die Jagd", 1982 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Der fürst gehn auf die Jagd", 1982 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Mond (Lune)", 1983 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Mond (Lune)", 1983 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Schwarz rot gold I - Dithyrambisch", 1974 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Schwarz rot gold I - Dithyrambisch", 1974 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Peinture de style, 1977-1978

Dans une série de peintures quasi abstraites créées à partir de 1977 et qualifiées de «peinture de style », Markus Lüpertz recourt aux effets de collage. Dans les oeuvres de cette période, le pein- tre renonce largement au motif « car (comme il l’explique) la forme est devenue le motif lui- même ». Il fait intervenir dans les toiles de cette série des éléments presque identiques, mais recomposés différemment à chaque fois.

 

Ce procédé suggère une sorte de paraphrase picturale du collage ; il propose la reprise « en peinture » d’un procédé qui initialement avait, sinon une portée iconoclaste, du moins une portée émancipatrice par rapport aux limites inhérentes à la peinture.

Ainsi, dans les oeuvres Style et Façade–Style II, certaines formes de base telles que des trapèzes et des triangles sont répétées et s’enchevêtrent dans des compositions architecturales sans profondeur illusionniste.

"Stil technik - die verabredung", 1978 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Stil technik - die verabredung", 1978 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

« Motifs allemands », 1970-1976

À partir de 1970, des motifs liés à l’histoire allemande comme les uniformes, casquettes d'officiers, insignes militaires, feuilles de chêne, deviennent un thème central dans l'oeuvre de Markus Lüpertz.

Ces motifs qu’il appelle « allemands » sont systématiquement contrecarrés par leur association à des objets « idéologiquement amorphes » tels que les moules à gâteau, les instruments de musi- que, les palettes ou les escargots. Le traitement pictural et le recours à un coloris très homogène unifient ces contradictions dans une seule et même figure (ex. Arrangement pour une casquette I – dithyrambique).

La forme globale prend ainsi le dessus sur le contenu de détail, et l’absurdité du motif obtenu apporte un regard nouveau sur l’histoire. On appelle cette période des « motifs allemands », également « peinture sur le motif » car ces motifs sont utilisés pour leur capacité à entretenir une forte tension entre contenu et contenant.

Alors que Markus Lüpertz cherchait à donner une forme à la difficile histoire de l’Allemagne, ces séries d’oeuvres ont été accueillies comme de violentes provocations et ne seront comprises que bien plus tard.

"Zentaur - Dithyrambisch", 1976 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Zentaur - Dithyrambisch", 1976 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

MA - Markus Maillol - RK - Dithyrambisch", 1976 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

MA - Markus Maillol - RK - Dithyrambisch", 1976 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Gescheiterte hoffnung (espoir déchu)", 1967 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Gescheiterte hoffnung (espoir déchu)", 1967 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Peintures dithyrambiques, 1963-1976

Dès 1964, à travers ce qu’il désigne sous le terme de « dithyrambe », Markus Lüpertz adopte des procédés qui consistent, comme il le formula lui-même, « à imposer aux objets existants une construction ». L’artiste se livre à une simplification de la forme, à l’exagération de la plasticité (avec notamment des ombres portées, des modelés appuyés), ou encore au grossissement du détail, « poussant l’objet vers sa monumentalité ».

Plutôt que d’employer la peinture à l’huile, Lüpertz se sert de la technique de la détrempe, qui lui permet mieux d’égaliser les grands aplats de couleur. Comme motifs, il privilégie des objets d’une grande banalité : tentes, poteaux électriques, casques, traces de pneu…

Ces éléments figuratifs, d’ailleurs souvent issus d’une imagerie préexistante, sont isolés d’un contexte conventionnel, perdent tout élément pittoresque, et acquièrent, de ce fait, des qualités abstraites.

Dans la plupart des dithyrambes, l’objet peint devient un élément isolé qui se détache sur un fond presque neutre. Cette simplification du monde qu’opère Lüpertz renvoie, à l’évidence, aux méthodes auxquelles se livrent les images contemporaines produites par la bande dessinée ou de la publicité.

"Dithyrambe - Schwebend", 1964 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

"Dithyrambe - Schwebend", 1964 de Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Markus Lüpertz vit et travaille entre Berlin, Düsseldorf et Karlsruhe. Né en 1941 à Liberec en Bohême (aujourd’hui la République Tchèque), il émigre en Allemagne (Rhénanie) en 1948 et se forme à l’École des Arts Appliqués de Krefeld avant de s’installer à Berlin en 1962. Il y crée la série Donald Duck et ses premières peintures dithyrambiques qu’il expose dans la galerie Groβgörschen 35 dont il est cofondateur dès 1964. En 1974, il organise et participe à la première Biennale de Berlin et étend sa pratique à la sculpture en 1981. Travaillant sur des thèmes qu’il décline en séries, il réalise notamment les cycles Peintures de style, Alice au pays des merveilles, Congo, Pierrot Lunaire, Le sourire mycénien, Figures spectrales, D’après Poussin, Hommes sans femmes. Perceval, Nus de dos, Mozart, Mercure et Arcadie, qu’il continue de développer.

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Makus Lüpertz © Photo Éric Simon

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

11 avenue du Président Wilson

75116 Paris

 

http://www.mam.paris.fr/

 

Ouvert du mardi au dimanche : 10h - 18h

jeudi : 10h - 22h

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